Les Proies, le film

L'HISTOIRE

99 francs, le filmOctave est le maître du monde : Octave exerce la profession de rédacteur publicitaire. Il décide aujourd’hui ce que vous allez vouloir demain. Pour lui, “l’homme est un produit comme les autres”. Octave travaille pour la plus grosse agence de pub du monde : Ross & Witchcraft, surnommée “La Ross”.

Il est couvert d’argent, de filles et de cocaïne. Pourtant, il doute.

Deux événements vont bouleverser le cours de la vie d’Octave. Son histoire d’amour avec Sophie, la plus belle employée de l’agence, et une réunion chez Madone pour vendre un film de pub à ce géant du produit laitier. Le doué Octave déjante alors et décide de se rebeller contre le système qui l’a créé, en sabotant sa plus grande campagne.

De Paris, où négocient les patrons d’agences, à Miami, où l’on tourne un spot sous antidépresseurs, de Saint-Germain-des-Prés à une île perdue d’Amérique Centrale, Octave parviendra-t-il à échapper à sa prison dorée ?

PROPOS D’ alain goldman

99 francs, le filmJe me souviens d’avoir lu 99 FRANCS en Provence, durant l’été 2000. J’avais trouvé le livre génial. Il m'a beaucoup fait rire. Mais, au-delà de l’aspect chronique de la fin des années 90, ce livre m’intéressait parce qu’il traitait de la prise de conscience de la détérioration de l’environnement et du fait que la consommation n’est pas la finalité de l’être humain, qu’être est aussi important qu’avoir. Je me suis dit : voilà un sujet de film formidable, à la fois éphémère - parce que reposant sur la description d’une époque - et durable - ses préoccupations étant devenues prépondérantes dans le monde occidental d’aujourd’hui. Mon ambition n’était pas opportuniste. Je ne voulais pas surfer sur le succès de 99 FRANCS, en faire une comédie de consommation immédiate. J’avais envie de prendre mon temps pour produire un film qui tente de durer, envie de façonner un objet cinématographique à part, une satire qui puisse peut-être nous faire prendre conscience qu’un certain nombre de dangers nous guettent.

Je voulais un film un peu complexe, déjanté, et en même temps drôle… Un film qui ait du relief, accessible mais singulier. J’ai dit à Frédéric Beigbeder lors de notre première rencontre : “Je ferai un film qui sera conforme au livre. Ça prendra peut-être du temps, mais je ne trahirai pas ma parole”. Cela m’a pris sept ans ! Car c’était un projet risqué pour mes partenaires habituels, notamment pour les chaînes de télévision commerciales, ce que je comprends, car elles vivent de la publicité. Seuls Pathé et Arte ont osé s’y risquer avec moi, et je salue leur ouverture d’esprit. Ce fut passionnant de travailler à l’unisson avec des personnalités aussi hétéroclites que Jan Kounen, avec qui cela a été un bonheur de faire ce film, ou Jean Dujardin, un acteur immense, qui n’a pas hésité à plonger dans un univers qui n’est pas le sien. C’est une fierté d’avoir produit 99 FRANCS, car c’est pour moi un film qui ne ressemble à rien de ce qui se fait en France, qui ouvre des possibilités différentes. Le film singulier dont je rêvais.

RENCONTRE AVEC jan kounen

99 francs, le filmComment-êtes vous arrivé sur ce film ?

Jan Kounen - Je me souviens d’avoir entendu parler du projet quand j’étais en train d’escalader mon everest qu’était BLUEBERRY. Et je m’étais dit : “Ça doit être fun de faire 99 FRANCS.” Je voyais abstraitement l’objet : un film enlevé et corrosif sur le monde de la pub. Un jour, Alain Goldman m’a appelé et m’a proposé 99 FRANCS.

J’ai demandé à lire le scénario, écrit par Nicolas et Bruno, et j’ai vraiment bien ri. Ce qui est assez rare en lisant un scénario. Mais c’était quand même un pavé de 170 pages, qui à mon sens nécessitait encore beaucoup de travail. En revanche il contenait des moments d’éclats, de brio et d’originalité. Du coup, j’ai lu le livre. Et là, j’ai compris l’énorme travail fait par les scénaristes : si j’avais commencé par le roman, je l’aurais trouvé inadaptable, j’aurais décliné la proposition. En même temps, le livre avait un côté plus militant, plus violent que le scénario – qui était plus parodique. C’est la lecture du bouquin qui m’a donné le désir de faire le film. Un film sur notre monde, sur la société de consommation. La partie artistique du film m’intéressait, car elle m’offrait l’opportunité d’expérimenter, d’être pleinement créatif par rapport à la matière. On me proposait en tant que cinéaste de faire quelque chose que je n’aurais pas fait de moi-même : aller dans un univers mental – alors que j’étais dans un univers contemplatif – et de changer de mode de fonctionnement.

Comment avez-vous procédé pour vous approprier le projet ?

J.K. - J’ai proposé à Alain Goldman de retravailler à partir du livre et du scénario. J’ai vu Frédéric Beigbeder, Nicolas et Bruno… J’ai parlé à chacun et je suis parti dans mon coin avec une envie d’écrire ludique. Toute la créativité était déjà dans le scénario. L’idée c’était surtout de partir de ces 170 pages pour en faire 100. Un peu comme un script-doctor. Pour une fois c’est moi qui bridais et qui structurais (rires).


Pour autant vous avez réussi à faire de 99 FRANCS un film très personnel, un film d’auteur…

J.K. - C’était la chose qui m’était demandée et bien sûr c’est ce qui m’intéressait. Je devais faire un film à la fois fidèle au livre – en retrouver l’essence, les personnages et l’esprit – et qui soit à la fois personnel. En ça, 99 FRANCS est un film que je revendique autant que ceux dont j’ai écrit chaque ligne et rêvé chaque image. C’est intéressant pour moi, cinéaste, de me découvrir une liberté nouvelle dans la commande. Contrairement aux Etats-Unis ou au monde de la pub, le réalisateur en France n’est pas considéré comme un technicien, mais un auteur, donc le rapport est autre. Alain Goldman est venu me chercher pour faire “le film”, non pas pour tourner un scénario. Je ne l’ai jamais considéré comme un client, ou pensé que je faisais un film pour lui. Nous avons fait un film ensemble. Nous avons créé ensemble un “produit” culturel.

On pourrait aussi faire un parallèle entre le parcours d’Octave, publicitaire bouillonnant et quête de spiritualité, et vous. Car vous avez été le cinéaste surexcité de VIBROBOY ou DOBERMAN, pour finir par être le réalisateur apaisé de DARSHAN

J.K. - Je suis l’enfant d’un monde vif, rapide. Un techno freak. Dans le film, j’ai réactivé ça… Même si je me sens plus proche de Charlie (le personnage de directeur artistique travaillant avec Octave) que d’Octave. VIBROBOY (que j’ai réalisé grâce à l’argent que j’ai gagné dans la pub) et DOBERMAN, c’était pour moi une façon un peu punk de dire au système d’aller se faire foutre. Après ces films, je me suis dit que j’allais chercher ailleurs, que la vie et la réalité ne pouvaient se limiter à ce que ma culture me proposait. J’ai trouvé. J’ai fait des films en fonction des changements dans ma vie… Et là d’un coup, avec 99 FRANCS, on me proposait de revenir dans ma culture, on m’offrait l’opportunité de revenir dans ma tribu, pour appuyer où ça fait mal, faire sortir un peu le pus, tout ça en rigolant. Et ça j’en avais envie.

99 francs, le filmVenons-en à Jean Dujardin. C’était pour vous l’Octave idéal ?

J.K. - Quand j’ai commencé à travailler sur le film, Alain Goldman m’a dit que j’étais libre par rapport au casting. Et dès que j’ai lu le scénario, j’ai pensé à Jean Dujardin. Pourquoi ? Je l’avais vu dans BRICE DE NICE et je trouvais qu’il avait une capacité extraordinaire à faire aimer un imbécile arrogant. Or il se trouve que dans 99 FRANCS, j’avais besoin de faire aimer un intelligent sensible arrogant, et ce après l’avoir d’abord rendu détestable ! Comme le dit Octave : “J’espère que vous me détesterez pour mieux détester l’époque qui m’a créé.”

Sans un acteur pour faire aimer Octave, les spectateurs ne peuvent pas aimer le film et pénétrer dans son univers glacé et méchant. Il fallait à la fois qu’ils puissent rigoler pendant 99 FRANCS, puis en sortir la tête haute pour regarder une publicité stupide et dire : “Toi connard, tu ne m’auras pas aujourd’hui.” Donc Jean était une évidence pour moi, car il déclenche l’empathie, le rire, et son univers est extrême. Car c’est une chose d’écrire “je t’ai cassé”, mais c’en est une autre de le faire fonctionner à l’écran. Il était donc premier, et de loin, sur ma liste. D’avoir Jean, d’avoir son éclat dans la comédie, me permettait d’être plus noir en arrière plan. Et puis il y a l’aspect “plus produit” Dujardin. Jean ça l’amuse, et qu’on l’utilise pour démonter le système l’amuse encore plus.

Comment ça s’est passé entre vous sur le tournage ?

J.K. - C’est un énorme bosseur. Il me surveillait un peu. Parfois il avait peur que je quitte la réalité du spectateur et que je parte dans un délire pour un musée d’art contemporain – ce qui doit être la perception que j’ai donnée de mon travail dans mes derniers films. Jean était donc vigilant là-dessus. En revanche, à partir du moment où c’était cohérent par rapport au film, il était à fond. Et finalement, les trucs les plus extrêmes du film, c’est lui qui les a proposés.

Un exemple ?

J.K. - Le plan représentant la Cène, où Octave, défoncé, se prend pour le Christ. C’est Jean qui m’a dit : “On a une immense table sur ce décor, refaisons la Cène.” J’avais beau lui dire qu’on n’avait pas le temps, il m’a pompé l’air jusqu’à ce qu’on la tourne. Du coup j’ai réécrit le texte, je suis rentré dans son délire, et c’est dans le film. Jean, c’est un mec qui te balance une idée sur laquelle tu peux rebondir. La scène de la pub pour le chocolat, on l’a vraiment façonnée ensemble. Jean est intervenu sur le casting, il a fait répéter les comédiens… Sur les deux trois pics de délires de 99 FRANCS, il est beaucoup intervenu. Ce que j’avais pressenti dans BRICE s’est avéré exact : il est complètement fou ! Et ce dans le sens où comme moi il n’a pas peur d’explorer de nouveaux territoires et de se dire : “J’ai jamais vu ça… c’est donc par là qu’il faut aller voir.”

Ça a été facile de trouver des partenaires à Jean Dujardin pour jouer Charlie, le binôme d’Octave, ou Jeff, le commercial de l’agence de pub ?

J.K. - Non. Jocelyn Quivrin (Charlie) et Patrick Mille (Jeff) que je n’avais pas rencontrés sont très très bons et très justes dans le film. Avec eux, le délire prend une autre dimension. Ils étaient le bon choix pour le film.

99 francs, le filmOn retrouve plusieurs acteurs avec qui vous avez déjà tourné dont Vahina Giocante et Dominique Bettenfeld. C’est un confort pour vous ?

J.K. - Pour moi, c’est le film qui prime, donc le rôle qui prime, donc l’acteur qui convient au rôle. Parfois, c’est mal compris par certains acteurs, qui sont très bien, avec qui j’ai déjà tourné, mais qui ne conviennent pas. Je laisse toute idée d’amitié de côté pour servir le film. Même si dans le cas de Dominique, c’est un peu particulier. C’est mon Antoine Doinel à moi. Je me dois par principe de le mettre dans tous mes films. C’est un jeu. Quant à Vahina, on s’était rencontré sur BLUEBERRY. D’ailleurs, dans 99 FRANCS, elle a un rôle un peu miroir du précédent : Vahina est au coeur de l’histoire, même si elle n’est pas toujours présente à l’écran. A mon sens, c’est une actrice qui n’est pas assez utilisée dans le cinéma français. J’ai envie de dire à d’autres réalisateurs : “Réveillez-vous, lavez-vous les yeux !”

Et pour Tamara, la call girl ?

J.K. - Je ne la voyais pas comme ça au début. Dans le roman, elle est plus fine, plus sculpturale, mais moins pulpeuse qu’Elisa Tovati. Mais de toutes les filles que j’ai vues, c’est Elisa qui l’incarne le mieux. En plus, elle a le côté gouaille de Tamara. J’avais besoin de ça, d’une actrice qui soit bien dans ses baskets.

Le film est une critique du monde de la publicité qui pourtant cite des marques et donc leur fait de la pub. Comment avez-vous géré ce paradoxe ?

J.K. - J’ai veillé à ce qu’on n’ait pas d’accord financier avec des marques. Comme pour tous les films, la costumière a dû se faire prêter des vêtements ou des chaussures, mais il n’y a pas de placement de produit dans 99 FRANCS. Or dans le cinéma aujourd’hui, le placement de produit c’est énorme. Quand on voit un JAMES BOND, on voit le futur de la pub. Tous les publicitaires le disent : “Quand on a une campagne d’un million de dollars à faire, plutôt que de produire un film à 500.000 et d’acheter quatre spots, on va investir cet argent dans un long métrage pour que le héros monte dans notre voiture.” Les américains ont compris il y a longtemps que le cinéma pouvait servir à vendre des produits mais aussi à vendre un idéal de société.

Dans 99 FRANCS, il y a des références à 2001, L’ODYSSÉE DE L’ESPACE de Stanley Kubrick ou à IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST de Sergio Leone…

J.K. - Il y en a d’autres. Pourquoi ces références ? Parce qu’un publicitaire ne marche que par références. Donc quand on est dans la tête d’Octave, tout n’est que référence. Quand il se souvient du repas en amoureux au restaurant chinois, il entend la musique d’IN THE MOOD FOR LOVE.

99 francs, le film

99 FRANCS évoque aussi FIGHT CLUB de David Fincher…

J.K. - Pour moi c’est un film de chevet d’Octave. Et il fallait faire un clin d’oeil à FIGHT CLUB, d’où la scène des étiquettes. On pouvait lire dans le texte d’une étiquette : “Oui je sais cette idée est dans FIGHT CLUB mais je suis publicitaire et je recycle !” Mais je crois qu’on peut dire que 99 FRANCS est le FIGHT CLUB du yaourt.

RENCONTRE AVEC jean dujardin

Frédéric Beigbeder dit…

Jean Dujardin - Ça n’engage que lui (rires) !

… il dit que c’est courageux de votre part de passer de rôles comme ceux de BRICE ou de OSS 117 à celui d’Octave dans 99 FRANCS. C’est votre avis ?

J.D. - Non ce n’est pas du courage, c’est cohérent vu ma petite carrière et les quinze films que j’ai tournés. Cette bousculade, je la fais depuis longtemps. Pour moi, quand je passais de UN GARS, UNE FILLE au CONVOYEUR, c’était une bousculade. Idem quand je passais du CONVOYEUR à BRICE DE NICE, puis de BRICE… à OSS 117. Pour OSS, des gens m’ont dit : “Fais gaffe, ce genre de scénario c’est compliqué, le quatrième degré en France ça marche moyen. Ne va pas te foutre là-dedans.” Moi, mon approche des rôles est très ludique et je crois que ça se voit. J’ai la chance de pouvoir faire non pas du cinéma mais mon cinéma. De prendre des personnages - comme ici Octave - dont on me dit : “ça c’est une ordure, un pourri, un veule, un lâche… à toi d’en faire un mec sympathique.” Le pari, il est là. Ce qui est amusant c’est cette progression : comment tordre le personnage de façon à ce qu’on ait de l’empathie à la fin du film. Et puis je lis pas mal de scénarios, et quand on m’en propose un de cette qualité-là… c’est fantastique !

99 francs, le filmQuelle a été votre réaction quand vous avez appris que Jan Kounen voulait vous rencontrer pour vous proposer le rôle d’Octave ?

J.D. - J’ai été surpris… et j’ai beaucoup rigolé. Ça m’a fait penser à Nicolas Boukrieff quand il avait voulu me voir pour LE CONVOYEUR. J’ai donc rencontré Jan. C’est quelqu’un de très discret. Il m’a passé le scénario en me disant : “Tu vois.” Je crois qu’il s’attendait à ce que je refuse ! Une fois que j’ai dit oui, on a commencé à bosser ensemble. Mais il a fallu qu’on se renifle quand même, ça a été un peu long avec Jan. Parce qu’on ne vient pas du même univers, qu’on n’a pas la même manière de voir les choses. Aussi parce qu’il ne manie pas tellement la comédie, alors que moi oui. À mon sens, il fallait de vrais moments de comédies dans 99 FRANCS pour pouvoir dire des choses. Plus on est léger, plus on est second degré et plus on tape fort. Ça marche par contraste. C’était cette entente-là qu’il nous fallait trouver. Tout ça chapeauté par “Beig”.

Beigbeder a été très élégant avec nous. Il nous a dit : “Allez-y, appropriez-vous le livre et l’on verra après.” Ça me plaisait d’être très disponible pour 99 FRANCS. Le chantier me plaisait. Je savais que ça allait être un truc lourd, qu’il fallait partir pour un tournage de 54 jours, que ça allait être dur, qu’il faudrait saigner du nez, hurler, crier… et surtout que ce serait très très amusant à faire ! C’est un projet rare. Très rare. Comme références, toutes proportions gardées, il y a FIGHT CLUB, TRAINSPOTTING… Ça vaut le coup de se défoncer pendant 54 jours pour ça.

D’après Jan, sur le tournage, vous avez veillé à ce qu’il n’oublie jamais le spectateur. C’est vrai ?

J.D. - Absolument. L’écueil de ce genre de film, c’est d’être super complaisant, de partir dans notre délire et au bout de quinze jours de dire : “On est des génies !” Il ne fallait pas oublier que c’est un film pour les gens. L’idée du film est trop bien, le scénario est trop bien, le bouquin était génial… bref l’ensemble est trop bien pour qu’on aille se planter lamentablement. Il fallait garder les gens, avec la patte Kounen. Alors je lui ai dit : “Tu ne m’embarqueras pas dans tes trucs à la con !” Et il n’a jamais essayé de le faire. Il a toujours été très respectueux, bienveillant, très doux. Et à l’arrivée, ce qui est incroyable avec 99 FRANCS c’est que c’est à la fois le film de Frédéric et le film de Jan. Même moi je m’y retrouve avec ma fantaisie.

99 francs, le filmJan Kounen a justement joué avec votre capital sympathie pour faire d’Octave un personnage finalement aimable…

J.D. - C’est vrai que j’ai l’image d’un acteur populaire. Je ne dis pas que je vois des grands coeurs dans les yeux des gens quand ils me regardent, mais c’est vrai que c’est une belle histoire. Et c’est grâce à la télévision. C’est grâce à UN GARS, UNE FILLE que je suis là. Sans ça, ça aurait été laborieux. Je n’aurais pas pu m’installer aussi rapidement, sainement et simplement.

Vous avez influé sur le casting ?

J.D. - J’ai demandé si j’avais le droit. On m’a répondu oui. Pour Jocelyn Quivrin par exemple, je ne le connaissais pas, mais je l’avais reniflé dans une soirée et je m’étais dit : “Le bon pote, c’est lui. Il parle comme un branque, c’est un vrai Charlie.” D’ailleurs depuis on est devenu super potes. J’avais joué avec Nicolas Marié dans LE CONVOYEUR, je l’avais vu dans tous les films de Dupontel et je le trouve fantastique. Pour interpréter le patron de Madone, qui est un vrai méchant, il ne fallait pas une crapule ou une tête de con mais un type souriant comme Nicolas qui puisse dire des horreurs. Comme j’avais le droit de choisir un peu les acteurs, je me suis dit que j’allais bosser avec eux les moments de pure comédie du film…

Jan aime ça, il est très disponible et en plus c’est agréable d’avoir un réalisateur qui cadre parce qu’il est proche. Il regarde tout, tout le monde. Et j’ai confiance en son regard. Il aime choper des détails, être surpris, qu’on lui propose des choses… Alors parfois je disais à Jan : “Le visuel, les bad trips, le foetus dans l’espace, c’est toi… Je te laisse faire, ce sera très bien.” En revanche, Jan se reposait parfois sur moi pour le travail avec les comédiens. Et j’adore ça. De plus en plus.

Jan Kounen donne deux exemples de votre apport sur le film. Le premier, c’est la scène où Octave débarque dans une pub pour du chocolat…

J.D. - Ce qui me faisait rire à la lecture, c’était l’idée de casser l’image de la famille Kinder qu’on voyait dans les pubs des années 80 où les labiales étaient décalées. Jan voulait la faire jouer comme un sketch par des comédiens qui auraient répondu à ce que je leur disais. Pour moi, ils ne devaient rien comprendre à ce que je faisais dans leur univers, tant ils étaient conditionnés. Alors j’ai suggéré qu’on coupe du texte et qu’ils répètent toujours la même chose en boucle : “Eric a gagné le match ! Eric a gagné le match ! Eric a gagné le match !”, comme des machines. Jusqu’au moment où tout ça pète.

L’autre idée dont Jan parle, c’est celle de la Cène…

J.D. - Ouais je voulais ça. Parce que Octave est tellement autocentré qu’il se prend pour le Christ. Il a les cheveux longs, une chemise blanche et en plus il dit : “il fallait se sacrifier.” C’est très christique. Alors en voyant la grande table qui était dans le décor de la salle de réunion Madone, et le nombre d’acteurs présents, je me suis dit : “Refaisons la Cène.” En fin de journée, j’ai demandé à Jan : “Je t’en supplie, je veux la tourner, donne-la moi.” Et on l’a tournée. Il me semble que c’est comme ça qu’on devait faire le film. Dans des échappées. Sinon on aurait fait une espèce de satire très gentille sur la publicité.

99 francs, le film

C’est amusant, on a l’impression qu’avec Jan Kounen vous avez fonctionné en binôme comme Octave avec Charlie…

J.D. - Beaucoup oui. Je crois à cette schizophrénie qu’offre le tournage. C’est inconscient parce que je veux pouvoir me débarrasser du personnage en rentrant chez moi. Mais entre l’implication et le fait que, étant tellement loin du personnage d’Octave, j’étais en pleine composition, il y a des moments où j’étais lâché.

Avec Jan Kounen, il nous est arrivé plusieurs fois d’être en trip tous les deux. Et sans rien prendre ! Au Venezuela on s’était mis à imaginer une séquence de course-poursuite entre un Octave barbu qui faisait de la pirogue et l’Octave de Paris qui lui disait : “Reviens reprendre de la coke !”. Mais on n’a pas eu le temps de la filmer.

Dans votre interprétation des personnages, comme ici pour Octave, l’aspect physique compte beaucoup. Pourquoi ?

J.D. - Peut-être parce que je suis un acteur de corps. Je suis assez expressif, mais je ne pense pas être dense. Donc j’ai comblé par le corps. Et maintenant, j’essaie de calmer le corps et les expressions et de me concentrer sur une émotion. Je travaille. Mais le corps, c’est l’expression la plus intime et je me sens à l’aise avec ça. Ça fait partie de ma manière d’incarner le personnage. Je faisais déjà ça au café-théâtre. Pour Octave, je me suis rajouté un petit grain de beauté sur la joue gauche. Pour en faire un libertin de la pub, un Valmont sous coke.

Et son look ?

J.D. - C’est venu en regardant Frédéric. La chemise blanche, le pull noir col en V. La première remarque de Fred a été : “Accroche la perruque, les lunettes et la suffisance et ça devrait aller !”. Mais je ne joue pas un double de Beigbeder. Je joue Octave Parango. Et Octave Parango dans le film est un mélange de Frédéric, de Jan et de moi.

99 francs, le film

Au début de 99 FRANCS, Octave se décrit comme : “Une merde superficielle et arrogante.” C’est facile de se dire qu’on va jouer un tel personnage ?

J.D. - Oh oui ! Les cons, je les ai joués. J’adore ça. C’est très très facile.

Mais celui-là est méchant au début…

J.D. - Il le fallait ! Octave a cette phrase : “Ce qui serait préférable c’est de me détester avant de détester l’époque qui m’a créé.” Donc il fallait que je sois méchant au début pour pouvoir le racheter ensuite. Et puis je n’ai pas de problème de conscience, je n’ai pas l’impression d’être un pourri, du coup c’est très agréable à jouer. Et ce n’est pas par volonté de casser mon image ou de jouer les bad guys. C’est encore une fois parce que le projet me plait. Je fais toujours des films que j’ai envie de voir au cinéma. Je pense d’abord au film en lui-même, rarement au personnage.

À la fin du film, comme dans une pub, il y a un packshot vendant “99 FRANCS, le film avec Jean Dujardin”, et l’on voit des poupées d’Octave comme il y en a eu de Brice. Ça vous fait rire de jouer avec votre image de valeur sûre du cinéma français ?

J.D. - (rires) C’est très rigolo évidemment. Ce n’est pas cracher sur le système, c’est en rire. Ce n’est pas ma vie le cinéma. Je m’éclate à en faire, c’est ma passion, mais ce n’est pas ma vie. Tout ça n’est qu’un jeu d’image. Je sais très bien que dans deux ans, je ne serai peut-être plus qu’une merde. Dans trois, je serai à nouveau “génial” ! Je sais tout ça. Je m’y attends. C’est pour ça que j’essaye de bien faire les choses, d’avoir de vrais rendez-vous et de ne pas me planter.