Les Proies, le film

Crimes à oxford, le film

L'Histoire

Oxford.

Une vieille dame est assassinée.

Le premier meurtre d’une série qui semble obéir à une logique mathématique : chaque crime est annoncé par un symbole dont la signification échappe aux enquêteurs.

De leur côté, un jeune étudiant et un éminent professeur de mathématiques qui ne se connaissent pas se trouvent eux aussi plongés au coeur de cette énigme et font équipe pour la résoudre. Mais la raison humaine peut-elle être mise en équation ?

NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR

Crimes à oxford, le filmCRIMES À OXFORD s’ouvre sur un meurtre et se concentre sur la découverte de l’assassin et la résolution du mystère qui l’entoure.

Alors, quelle est la particularité du film ?

En fait découvrir le meurtrier paraît totalement impossible si on ne répond pas d’abord à une question fondamentale : est-il possible de connaître la Vérité ? peut-on réellement tirer une certitude absolue de ce qui nous entoure ?

La résolution du mystère se fonde sur le fait de savoir si l’homme est en mesure d’appréhender la réalité de façon absolue, ou si, au contraire, notre construction mentale nous empêche d’accéder à l’essence des choses et d’établir un constat objectif et indubitable, un axiome irréfutable. Ce questionnement nous engage tous, non seulement en tant que spectateurs mais aussi en tant qu’être humains soumis à la contingence de notre environnement.

La réalité est-elle réductible à une matrice numérique ? Y a-t-il une logique secrète qui conditionne et explique nos actes ou à l’inverse, nos vies sont-elles le fruit du hasard ?

Le film met en présence deux visions du monde et de la connaissance qui s’affrontent et tentent de l’emporter l’une sur l’autre.

Martin, le personnage principal ne jure que par une approche logique des événements, avec les mathématiques comme instruments pour discerner le vrai du faux.

Seldom, lui, plus âgé, remet tout en question : pour lui il existe une frontière infranchissable entre la raison pure et la matière. On ne pourra jamais avoir de certitude absolue sur l’identité de l’assassin car jamais nous n’aurons de preuves irréfutables de sa culpabilité. Seldom est un personnage cynique, mais c’est paradoxalement en doutant de la Vérité qu’il se rapproche le plus de son intangibilité.

Au début du film, Martin est sûr de lui et de son intelligence. Il pense être capable de comprendre et d’appréhender la réalité. Voilà le point de départ du film : la confiance du personnage dans sa propre perception des faits. Pour Martin, la vie est un jeu où l’on gagne et où l’on perd selon des règles bien arrêtées. La connaissance de ces règles permet à celui qui les maîtrise de gagner ; celui qui perd c’est celui qui les ignore. Martin apprendra que le jeu est rempli de chausse-trappes.

Le billet d'Emmanuel : Crimes à Oxford : mathématiques + mystère = ennui ?

Crimes à oxford, le filmL’atypique réalisateur espagnol, Alex de la Iglesia, s’est fait connaître par plusieurs comédies féroces à l’humour très noir dont le réjouissant et hilarant Crime Farpait. Mauvais goût assumé et plume aussi acérée qu’acerbe, le jeune espagnol était attendu au tournant pour son premier film en anglais.

Pour sa première expérience internationale, il a décidé d’adapter « Crimes à Oxford », un polar cérébral écrit par un mathématicien argentin, Guillermo Martinez. La trame est on ne peut plus classique, un whodunnit à la Agatha Christie dans un Oxford très stylisé : manoirs en vieilles pierres qui suintent le mystère, brouillard persistant, ruelles étroites. Une série de meurtres semblant répondre à une suite logique et mathématique va rapprocher un jeune étudiant américain venu finir sa thèse (Elijah Wood) et un spécialiste désabusé des mathématiques (John Hurt). Comme souvent chez De la Iglesia, ses héros masculins sont assez détestables : imbus d’eux-mêmes, égocentriques, cyniques et misogynes, ils ont tout pour plaire. Ces deux figures négatives, obsédées par le problème auquel ils sont confrontés, sont contrebalancées par la douceur et la bonté du personnage féminin, une infirmière attirée par les hommes brillant et jouée avec brio par la charmante anglo-espagnole Leonora Watling.

Crimes à oxford, le filmMalgré la touche personnelle du réalisateur très identifiable dans quelques scènes particulièrement réussies (trois pour être précis : la très courte scène d’introduction se déroulant pendant la 1ere guerre mondiale, l’histoire de l’assistant fou du professeur et celle du barbier londonien), le reste du métrage baigne dans un doux ennui qui plonge le spectateur même le plus indulgent dans une profonde perplexité : pourquoi ce film si alléchant sur le papier est-il aussi vain ? On se fiche profondément de l’enquête et de sa résolution particulièrement capillotractée, qui plus est expliquée dans une scène inévitable pour ce genre de films mais toujours aussi désespérément peu cinématographique. Ajoutez à cela un dialogue verbeux d’une prétention pénible sur l’ordre du monde (chaos ou rationalité ?) et l’utilité des mathématiques (peut-on tout expliquer sous forme d’équations savantes) ainsi que des pseudos-énigmes mathématiques que mon cousin de 6 ans serait capable de résoudre et vous comprendrez la frustration que provoque la vision de ce film.

Parce que tout n’est pas nul, loin de là. Les acteurs ont l’air d’y croire (sauf peut être Dominique Pinon qui en rajoute des tonnes) et le réalisateur s’amuse comme un petit fou et prouve son talent technique. Ca commence même très bien avec une scène d’introduction sous forme de dispute familiale où la caméra vole au-dessus de la table sans jamais se poser entre les trois protagonistes : la mère et la fille s’affrontent, duel arbitré par le jeune étudiant américain. Ca se poursuit avec un long (mais faux) plan séquence d’une dextérité et d’une maitrise rare. Ce plan permet de retrouver tous les personnages du film en partant de Beth qui joue du violoncelle au conservatoire d’Oxford pour aboutir à la découverte du corps inanimée de sa mère par les deux héros. Sans oublier une mise en perspective particulièrement ironique lors de la scène de fête en l’honneur de Guy Fawkes, l’instigateur de la conspiration des poudres en 1605 : d’abord le message subversif de l’étudiant fou (encore un personnage digne de l’univers de De la Iglesia d’ailleurs) mais surtout le déguisement choisi par John Hurt, Guy Fawkes himself qui renvoie directement à son rôle de tyran dans V for Vendetta, sûrement pas un hasard de la part d’un réalisateur cinéphile.

Crimes à oxford, le filmVous êtes amateur de Cluedo (Le colonel Moutarde a-t-il tué dans la salle à manger avec le chandelier ?) ? Vous aimez les réflexions philosophiques de comptoir ? Vous êtes nostalgique d’Agatha Christie ? Les maths vous manquent depuis l’obtention de votre bac série C en 1983 ? Et puis, quoique joue Elijah Wood, vous êtes fan parce qu’il restera toujours Frodon, le seul et unique ? Alors vous apprécierez surement Crimes à Oxford.

Pour les autres, pardonnez cet écart à Alex de la Iglesia, attendez tranquillement son prochain film et en attendant plongez vous plutôt dans une grille difficile de Sudoku ou entamez une petite partie de l’entrainement cérébral du professeur Kawashima. Pour faire fonctionnez ses méninges, c’est l’idéal parait-il !

 

Emmanuel Pujol