Les Proies, le film

L’HISTOIRE

Elisabeth, l'age d'or, le filmEn cette année 1585, Elizabeth Ière règne sur l’Angleterre depuis près de trente ans. Le vent destructeur du catholicisme fondamentaliste souffle sur l’Europe, sous la conduite de Philippe II d’Espagne.

Soutenu par l’Église de Rome, le roi dispose d’une armée puissante et d’une Armada qui domine les mers.

Philippe II est déterminé à renverser la reine «hérétique» et à ramener l’Angleterre au sein de l’Église romaine catholique. Elizabeth se prépare à la guerre contre l’Espagne mais doit aussi mener un combat plus intime contre ses sentiments pour Walter Raleigh, pirate au service de Sa Majesté.

L’amour étant interdit à une souveraine vouée corps et âme à son pays, la reine encourage sa dame d’honneur préférée, Bess, à se rapprocher de Raleigh. Elizabeth observe l’idylle naissante.

Tôt ou tard, elle le sait, elle devra choisir entre les aspirations de son coeur et ses devoirs de monarque si elle veut éviter le destin de sa cousine Marie Stuart, reine d’Écosse, dont le nom semble lié au nouveau complot tout juste découvert par Sir Francis Walsingham.

LE FILM

Drame historique mêlant destin, trahison et romance, ELIZABETH : L’ÂGE D’OR est le récit d’une époque charnière, et des combats privés et publics d’une femme face à un destin exceptionnel. Pour le réalisateur Shekhar Kapur, il était tout naturel de revenir sur l’histoire d’une des plus grandes reines de tous les temps qui continue d’exercer une réelle fascination et dont l’accession au trône marqua le début d’une période majeure pendant laquelle l’Angleterre s’éleva au rang de grande puissance.

Entre amour et pouvoir

Elisabeth, l'age d'or, le filmELIZABETH : L’ÂGE D’OR est la suite du film ELIZABETH, déjà réalisé par Shekhar Kapur en 1998. Nommé à sept Oscars dont ceux du meilleur film et de la meilleure actrice, il reçut six BAFTA et le Golden Globe de la meilleure actrice.

À l’époque, le cinéaste avait déjà songé à poursuivre le récit des quarante-cinq années de règne d’Elizabeth Ière à travers deux autres films. Le producteur Tim Bevan explique : «Son long règne et les multiples événements qu’elle a vécus ne pouvaient être racontés efficacement en un seul film.»

Le premier film racontait l’ascension et les premières années de règne de la jeune Elizabeth, confrontée à ses rivaux aspirant au trône et aux trahisons familiales. La jeune reine apparaissait à la fin du film en souveraine tenant fermement en main les rênes de sa destinée. ELIZABETH : L’ÂGE D’OR commence plus de quinze ans après, alors qu’Elizabeth, plus assurée dans son rôle de reine, doit faire face au roi Philippe II d’Espagne, champion du Catholicisme décidé à se débarrasser de la reine protestante.

Lorsque Elizabeth monte sur le trône en 1558, la moitié de la population anglaise est restée catholique. La nouvelle reine choisit de prôner une certaine tolérance religieuse à l’inverse de sa défunte demisoeur aînée, Marie Tudor. Le film insiste donc sur un sujet toujours brûlant d’actualité : la tolérance par opposition au fondamentalisme.

Shekhar Kapur confie : «Les récits du passé nous ramènent souvent à notre propre histoire. Par-delà le thème du fondamentalisme religieux, ELIZABETH : L’ÂGE D’OR nous parle de la quête de soi et du divin, de mortalité et d’immortalité - des questions que chacun se pose un jour, aujourd’hui comme hier.»

Au-delà des conflits politiques, le film se concentre également sur la dimension humaine de la souveraine à travers l’amour secret qu’elle voue à l’aventurier Walter Raleigh. La relation triangulaire entre Raleigh, Elizabeth et sa dame d’honneur, Bess Throckmorton, est au coeur de l’histoire. La reine manipule Raleigh et Bess afin de vivre par procuration l’amour qu’elle s’interdit. Elle compte garder le contrôle du coeur et de l’esprit de Raleigh tout en lui offrant le corps de Bess. Elle ne s’attend pas à ce qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre et lui échappent...

Le retour de la reine

Elisabeth, l'age d'or, le filmLa participation de Cate Blanchett, qui incarnait Elizabeth dans le premier film, était bien sûr essentielle. Mais l’actrice a hésité avant d’accepter de reprendre le rôle : «Shekhar Kapur et Geoffrey Rush ont su me convaincre... Et puis le fait d’avoir joué Hedda Gabler pour la Sydney Theater Company puis pour une production new-yorkaise m’a démontré que reprendre un rôle était une occasion de l’approfondir.»

Elle ajoute : «J’ai beaucoup appris depuis le tournage d’ELIZABETH : L’ÂGE D’OR. Mais ce rôle reste difficile, et il m’est arrivé de douter de ma prestation. C’est un hommage à une personnalité puissante et complexe qui peut être abordée de mille et une façons, chacune mettant en lumière l’un ou l’autre aspect de sa vie. Il fallait retrouver l’approche que nous avions choisie pour le premier film tout en insistant sur son évolution.»

Shekhar Kapur précise : «Le personnage est devenu plus actif dans ce second film. Tout en ayant pris de l’assurance, Elizabeth a conservé un peu de sa vulnérabilité des premières années de règne. Cate a su communiquer ce mélange délicat de force et de faiblesse.»

Elisabeth, l'age d'or, le filmLa reine Elizabeth évolue au centre d’un théâtre des apparences qui a beaucoup intrigué Cate Blanchett : «Elizabeth a fait l’expérience de l’abnégation, se construisant patiemment une image afin d’imposer son règne. Elle a poli cette image à des fins politiques, et aussi, je suppose, pour se protéger au plan émotionnel. Pour elle, le monde politique est un théâtre. Le voyage qu’elle accomplit dans ce film est par bien des aspects, celui de l’acceptation. Sous le masque, c’est une femme célibataire et sans enfant qui souffre de sa solitude. Dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR, ses chances de se marier et de donner naissance disparaissent. Sur un plan politique, le mariage était aussi une arme puissante qui lui aurait permis de nouer des alliances avec d’autres pays. Elle lutte contre les pressions politiques et ses propres sentiments, comme le symbolise sa relation avec Raleigh qui est l’élément qui m’a le plus motivée à reprendre le rôle. J’ai beaucoup aimé la façon dont se développe une relation triangulaire.»

La possibilité de retravailler avec Shekhar Kapur a également contribué à convaincre Cate Blanchett : «Nous nous entendons très bien. Son approche est très créative. Il aborde les différentes scènes d’une manière complètement unique, tout en étant à l’écoute des idées des acteurs. Il aime réellement qu’un comédien apporte sa contribution. Il est capable de totalement reconstruire une scène autour de ce qu’apporte un acteur s’il trouve que cela sonne juste.»

Le déclin d’un homme de pouvoir

Elisabeth, l'age d'or, le filmGeoffrey Rush, qui avait livré un portrait remarquable de Sir Francis Walsingham, le conseiller de la reine, dans le premier film, a immédiatement accepté de retrouver ce rôle : «Walsingham s’était construit une place très importante à la cour d’Elizabeth. Vers les années 1580, il était à la tête d’un des plus grands réseaux d’espionnage qui couvrait toute l’Europe. C’était un intellectuel et c’est lui qui a créé cette notion de la souveraine en figure divine. Pour lui, il fallait que l’on honore la reine en majesté, telle une déesse.»

Il ajoute : «Dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR, cet homme strict et rigoureux, à l’image de sa reine, apparaît moins sûr de lui, plus vulnérable après avoir découvert la trahison de son frère.»

Ce fait ne s’appuie pas sur des événements historiques, mais il joue un rôle important dans l’intrigue. Comme l’explique Geoffrey Rush, «Shekhar Kapur désirait explorer ce qui arrive lorsque des figures publiques puissantes sont rongées par des dilemmes personnels. À travers l’implication de son frère dans un complot, on expose ses incertitudes et sa vulnérabilité. »

Walsingham n’incarne plus dans ce film le mentor qu’il était pendant les premières années de règne, guidant la jeune reine dans l’apprentissage de ses responsabilités. Son influence sur Elizabeth s’est amenuisée et il n’est plus à présent qu’un simple homme d’État. Le producteur Jonathan Cavendish observe : «La perte d’influence de Walsingham est très émouvante. La puissance lui fait défaut, il n’est plus le maître du jeu. Geoffrey a su lui donner la gravité nécessaire.» Comme Cate Blanchett, l’acteur était content de jouer à nouveau sous la direction de Shekhar Kapur : «C’est un des cinéastes les plus audacieux que je connaisse. Il donne des images plutôt que des directives, faisant ainsi appel à l’imagination, un élément essentiel dans le tournage d’un film. Il agit avec humour et décontraction même dans les moments les plus dramatiques. Il ne se concentre pas uniquement sur les réalités historiques ou la psychologie des personnages, il s’intéresse avant tout à la trame narrative. Les événements auxquels il est fait référence sont d’ailleurs trop complexes pour être racontés avec exactitude. L’objectif est que l’histoire qu’on raconte saisisse les éléments primordiaux de ce qui se déroule entre les gens, entre les pays.»

Le souffle de la liberté

Dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR, un nouveau personnage entre en scène : l’explorateur Walter Raleigh, presque aussi légendaire qu’Elizabeth. Le cinéaste cherchait un acteur ayant le physique et le charisme nécessaires au rôle. Ils se sont tournés vers Clive Owen, nommé aux Oscars pour sa prestation dans CLOSER, ENTRE ADULTES CONSENTANTS et salué pour son rôle dans LES FILS DE L’HOMME. L’acteur a vite saisi l’esprit de Walter Raleigh, un ambitieux marin au long cours qui s’attire les faveurs de la reine. Clive Owen a été attiré par la façon dont des thèmes contemporains se mêlent à l’Histoire : «Raleigh était un être complexe. Séduisant et bien éduqué, il parlait avec franchise et parfois même avec arrogance. Son attitude assez cavalière impressionnait autant qu’elle offensait.»

Elisabeth, l'age d'or, le filmCate Blanchett voit dans l’attirance de son personnage pour Raleigh un mélange d’amour et d’envie : «Ses sentiments diffèrent des coquetteries de jeunesse qu’elle avait vécues avec Dudley dans le premier film. Elle n’aime pas Raleigh pour luimême, elle voudrait être lui. Elle vit par procuration à travers lui et voit le monde par son regard. Aussi intelligente et cultivée soit-elle, elle n’a jamais quitté l’Angleterre. Les voyages de Raleigh par-delà le monde connu des cartographes la fascinent.»

Clive Owen précise : «Raleigh cherche à gagner les faveurs de la reine dans le but de s’assurer des fonds pour sa prochaine expédition. Mais il tombe sous son charme. Son intégrité, une qualité qui le distingue des autres hommes de la Cour, est probablement aussi ce qui attire la reine vers lui.»

L’acteur avait déjà beaucoup aimé le premier film. Il se souvient «Le plus étonnant dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR était la perspective de Shekhar Kapur sur les choses et plus pragmatiquement, l’emplacement choisi pour les caméras. Cela donnait aux événements un souffle épique. Il utilise la même technique dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR

L’amour par procuration

Elisabeth, l'age d'or, le filmLa jeune et jolie dame d’honneur, Bess Throckmorton, était un rôle clé dans l’histoire. Jonathan Cavendish souligne : «Jeune, pleine d’énergie, elle est le reflet de ce qu’était la reine quelques années plus tôt. Nous recherchions une actrice pas forcément très connue mais ayant assez de charisme pour jouer aux côtés de Cate Blanchett

C’est la prometteuse Abbie Cornish, révélée dans SOMERSAULT, qui a été engagée.

À 25 ans, Abbie Cornish était heureuse d’incarner un personnage du passé aux côtés de tels partenaires : «Les caractéristiques à la fois lumineuses et sombres de Bess sont frappantes. Shekhar Kapur ne cesse de nous plonger dans différentes facettes du personnage. Il n’y a pas de limites à sa créativité.»

Selon Cate Blanchett : «Elizabeth refuse de se marier par crainte de perdre son pouvoir. Elle a fait le choix d’utiliser sa virginité, son statut de reine célibataire, comme un outil politique. Étant donné le triste sort de sa mère, Anne Boleyn, décapitée sur ordre de Henry VIII, et de tant d’autres femmes à l’époque, on comprend ses réticences. Elle se sert de Bess comme Prospero d’Ariel pour vivre une expérience à laquelle elle n’a pas droit. Elle éprouve un certain plaisir à ce jeu d’échecs, à voir Bess et Raleigh aller l’un vers l’autre, jusqu’à ce qu’ils tombent amoureux et qu’elle comprenne qu’elle a perdu tout contrôle de la situation.»

Les ennemis

Le rôle de Philippe II d’Espagne a été attribué à l’acteur Jordi Molla, qui n’a pas hésité à apporter sa propre touche : «Shekhar Kapur montre Philippe comme le souverain le plus puissant de l’époque, mais aussi comme l’homme qui prie dans l’ombre, guettant la moindre contestation de son pouvoir. J’ai insisté sur cette faiblesse, qui est le signe d’un énorme complexe, en lui donnant une petite voix et une démarche inhabituelle... des particularités qui, en le diminuant, pourraient expliquer ce complexe.»

Une partie de son hostilité envers Elizabeth, au-delà de leurs divergences religieuses, est peut-être due au fait qu’il avait été roi consort d’Angleterre par son mariage avec Marie Tudor, la demi-soeur aînée d’Elizabeth, fille de Henry VIII et de Catherine d’Aragon, qui a régné moins de cinq ans. Après le décès de celle-ci sans descendance, le trône est passé à Elizabeth et Philippe a perdu tout pouvoir sur la couronne anglaise et le retour du pays au catholicisme. Pendant le bref règne de Marie, sa campagne zélée pour restaurer le catholicisme en Angleterre s’est accompagnée de 280 exécutions pour hérésie, d’où le surnom de «Bloody Mary». La cousine d’Elizabeth, Marie Stuart, fille de Jacques V d’Écosse et de Marie de Guise, était, selon les règles de succession au trône anglais, la future souveraine si Elizabeth mourait sans descendance. Aux yeux des catholiques, elle était la reine légitime qui aurait dû régner à la place d’Elizabeth.

Elisabeth, l'age d'or, le filmDéterminée à ne pas répandre le sang d’une autre reine, Elizabeth s’oppose aux diverses demandes d’exécution de ses conseillers, malgré les implications répétées de Marie dans des complots, jusqu’à celui de Babington raconté dans le film. L’exécution de Marie Stuart pour trahison en 1587 pousse le roi d’Espagne à lancer sa flotte baptisée l’«Invincible Armada» contre l’Angleterre. Samantha Morton a été séduite à l’idée d’incarner Marie Stuart : «C’est un personnage fascinant. Shekhar Kapur a tenté, sans basculer dans la controverse, de montrer la nature de Marie. Il aborde chaque personnage avec originalité sans s’occuper de ce qui a déjà été fait ou dit, et tout en ayant un profond respect pour son sujet, il donne toute liberté artistique à ses acteurs.»

Shekhar Kapur commente : «Je ne dirais pas que nous avons pris des libertés avec l’Histoire, parce que l’Histoire n’est finalement qu’interprétation. Chaque événement qui s’y inscrit fait forcément l’objet d’une réinterprétation. Et quatre siècles plus tard, les interprétations diffèrent. Il ne faut pas oublier que l’Histoire a été écrite par des gens qui la couchaient sur le papier pour les puissants, ceux qui avaient le pouvoir. Si ce qu’écrivaient les historiens déplaisait, ils pouvaient fort bien y perdre la vie ! L’Histoire devait donc être réinterprétée en faveur du monarque régnant. Ce que je fais, moi, c’est simplement raconter une histoire. J’étais attiré par cette époque pour ses parallèles avec l’actualité et parce qu’elle trouvait un écho en moi.»

Le culte de la reine

Les magnifiques robes portées par Cate Blanchett ont été créées par Alexandra Byrne. La chef costumière raconte : «J’avais déjà effectué les recherches historiques nécessaires pour bien connaître la période lors du premier film. Cela m’a permis une liberté un peu plus grande cette fois. J’ai pu lire davantage de choses sur Elizabeth en tant qu’être humain, et ne pas me focaliser sur sa façon de s’habiller. J’ai ainsi beaucoup appris sur la beauté de la reine et de ses robes. Je me suis concentrée sur le caractère ostentatoire de ses tenues tout en les rendant peutêtre plus accessibles aux spectateurs que les drames historiques ne le font habituellement.»

La costumière s’est inspirée du travail du grand couturier espagnol Balenciaga qui, dans les années 50, élaborait ses créations à partir de tableaux issus notamment de l’époque élisabéthaine. Alexandra Byrne raconte : «Cela m’a aidée à rendre Elizabeth, qui est une figure emblématique, plus vivante aux yeux des spectateurs.»

Elisabeth, l'age d'or, le filmCate Blanchett souligne : «La reine se mettait littéralement en scène, elle choisissait ses tenues en fonction de l’image qu’elle voulait donner. Nous avons travaillé dans cette direction. Les costumes et maquillages sont révélateurs du sous-texte du film. Les seize perruques créées par Morag Ross donnent à la reine un air joyeux ou tragique selon son humeur. Nous révélons autant la personnalité publique que privée. Un des exemples les plus frappants est la manière dont les robes d’Elizabeth changent alors qu’elle se détache de Raleigh et se rend à Tilbury pour motiver ses troupes. Elle se dote d’une armure, au propre comme au figuré, et lorsqu’elle apparaît, montée sur son cheval blanc, on ne peut s’empêcher de penser à Jeanne d’Arc.» Des changements opérés par rapport au premier film, Alexandra Byrne dit : «Maintenant que sa position est établie, Elizabeth peut plus librement affirmer ses goûts et son style, qui visent à présent à rendre son image majestueuse et immortelle.»

L’absence de représentation spécifique de la reine sur le trône n’a pas été sans difficultés. Alexandra Byrne précise : «Nous avons réservé certaines robes pour les moments de règne et d’autre pour les scènes plus intimes.»

L’une des apparitions publiques les plus spectaculaires de la reine est celle où elle est à la tête de ses troupes, avant la bataille avec l’Armada. Cate Blanchett, Shekhar Kapur et Alexandra Byrne étaient tous trois d’accord sur le fait que sa tenue devait traduire sa volonté d’être considérée comme un de ses soldats, prête à se battre et à mourir à leurs côtés. Elle est ainsi représentée comme une femme en armes, vêtue d’une armure presque médiévale, les cheveux lâchés, sur un cheval blanc. La chef costumière observe : «On ne peut bien sûr s’empêcher de penser à Jeanne d’Arc. Nous ignorons si Elizabeth a porté une telle armure, et si elle montait à cheval à califourchon comme un homme, mais c’est un moment clé dans la narration de notre histoire.» Les cinéastes ont insisté sur les liens qui existent entre Elizabeth et Bess. Le réalisateur explique : «Elles se ressemblent, elles sont en fin de compte la même personne. Bess incarne le côté mortel d’Elizabeth la déesse. Cette construction en miroir, avec Raleigh au milieu, était très intéressante.»

Un Elisabéthain tel que Raleigh, roturier obligé de compter sur des soutiens financiers extérieurs, ne possédait vraisemblablement qu’une seule tenue. Alexandra Byrne explique : «Sur les nombreuses gravures qui le représentent, Sir Walter Raleigh porte les mêmes habits de cour. Les explorateurs comme lui prenaient la mer ainsi vêtus, séchaient leurs vêtements mouillés, les rapiéçaient. C’est pour cela que nous lui avons confectionné des hautsde- chausses en apparence usés. Clive Owen s’est d’abord inquiété mais il a fini par les adorer. Ils lui donnaient une démarche particulière et une certaine importance.»

Jenny Shircore, récompensée aux Oscars et aux BAFTA pour son maquillage et ses coiffures dans ELIZABETH, a rejoint le nouveau projet avec beaucoup d’enthousiasme et s’est attachée à donner à la reine un air mature et surtout divin après avoir étudié des portraits d’époque. Elle raconte : «Shekhar Kapur a toujours vu en Elizabeth une créature lumineuse. C’est ce que nous avons tenté de montrer tout en insistant sur sa puissance.»

Les décors

Elisabeth, l'age d'or, le filmLa réalisation des décors a été confiée à Guy Hendrix Dyas. Il raconte : «Les producteurs avaient une vision très précise du film. Il fallait développer le monde qu’ils avaient créé dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR et qui mêlait audacieusement passé et modernité. Les décors de ce film étaient un défi. Dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR, la reine paraît minuscule à côté de l’architecture qui l’entoure. Cela renforçait le sentiment d’isolement de la jeune femme face au monde politique. Dans ELIZABETH : L’ÂGE D’OR, le rapport change : elle semble à présent plus grande que les éléments qui l’entourent.»

Ce concept a été déterminant dans le choix des lieux de tournage et des décors. Les deux cathédrales du sud de l’Angleterre, Wells et Winchester, ont ainsi été sélectionnées parce que leurs détails architecturaux tendent à réduire leurs proportions. Par exemple, au lieu de voir Elizabeth à côté d’une énorme colonne de pierre, nous la voyons déambuler au milieu de plusieurs colonnes, ce qui rééquilibre les rapports de taille. Elle paraît ainsi plus forte. Les nombreux éléments féminins, comme les fleurs gravées dans la pierre, les gargouilles et les couleurs, renforcent l’idée que la reine a pris entière possession des lieux qu’elle habite.

Après avoir transformé ces lieux ecclésiastiques en un palais, Guy Hendrix Dyas et son équipe ont travaillé aux Shepperton Studios pour relier ces espaces grâce aux décors créés sur les plateaux. Ils ont créé avec le plus de détails et d’authenticité possible les appartements privés de la reine. Les années d’expérience de Guy Hendrix Dyas dans le domaine de l’illustration lui ont conféré une vision englobante et un souci du détail allant jusqu’à prêter attention à la manière dont l’eau ruisselle le long d’un mur. Ces différents décors ont ensuite été combinés pour créer le langage visuel du film. Cette approche a eu pour avantage de tourner non seulement dans des décors impressionnants convenant à la période historique, mais de donner aux acteurs un environnement crédible et authentique au sein duquel installer leurs personnages.

Le décor de la chambre privée de la reine a été l’un des plus difficiles à réaliser. Le réalisateur a demandé à son chef décorateur de concevoir un décor dénué de murs, une structure légère d’arches et de colonnes le long de laquelle la caméra puisse se déplacer afin de créer des effets de profondeur et de varier les plans de façon très vivante. Dans sa façon de réaliser, Shekhar Kapur aime faire parler ses personnages hors champ, la caméra évolue alors autour du décor avant que l’on ne découvre les personnages. Guy Hendrix Dyas a créé ce qu’il appelle «le décor ultime spécial Kapur» : un puzzle visuel offrant une variété infinie d’angles de prises de vue et de placements de caméras.Le désir d’authenticité a également joué un rôle important dans le choix des matériaux de construction : du granit pour le sol du cabinet de la reine et de sa chambre privée, de magnifiques boiseries obtenues à partir de bois sculpté rehaussé de motifs faits de plâtre, puis teintées et cirées pour rendre l’aspect exact des boiseries d’époque. Ainsi, le décor a non seulement l’apparence du réel, mais il sonne vrai, à l’oreille et au toucher.

Guy Hendrix Dyas a aussi été chargé de reconstituer grandeur nature le navire de Raleigh, le «Tyger», utilisé notamment dans les scènes de bataille contre l’Armada. Afin de réduire les coûts de production, le Tyger, après quelques modifications et filmé sous un autre angle, a aussi servi de vaisseau espagnol. La structure finale, élaborée avec des planches de dix centimètres d’épaisseur fixées sur une armature en acier, mesure 55 mètres de long. Elle a été montée sur un mécanisme de cardans capable d’imiter les mouvements d’un bateau en mer par tous les temps. La construction a pris plusieurs mois. Tandis que la structure d’acier était montée sur le mécanisme mobile, chaque planche a été vieillie, brûlée pour enlever la couche de fibres extérieure et donner au bois un aspect plus brut.

Guy Hendrix Dyas confie : «Tout décorateur rêve sans doute de reconstituer un jour un bateau. Plus il est ancien et plus il a de caractère et d’intérêt. Ce fut un véritable honneur pour moi, et voir combien Clive paraît héroïque dessus a été un grand moment de ma carrière.»

Sur les traces du passé

Elisabeth, l'age d'or, le filmLe tournage en extérieurs a commencé à la cathédrale de Westminster, la plus grande en taille et la principale église catholique d’Angleterre et du pays de Galles. L’équipe du film y est restée deux jours. De style néo-byzantin, sa nef dépourvue de tout pilier est particulièrement imposante. Elle constituait ainsi le lieu idéal pour représenter l’Escorial, le palais du roi d’Espagne, aux alentours de 1588.

L’équipe s’est ensuite rendue dans le Hertfordshire, à Hatfield House, la célèbre demeure du marquis de Salisbury. Ils ont transformé le hall nord et l’armurerie en appartements privés de Marie Stuart à Chartley Hall, où elle a été gardée prisonnière un moment avant son exécution. D’autres parties de la demeure, dont le hall de marbre, le grand escalier et la grande galerie, sont devenus la maison londonienne de Walsingham.

D’architecture romane, l’église St. Bartholomew est un trésor caché derrière une arcade dans les ruelles étroites de Smithfield. La production y a tourné un moment clé du film : l’exécution de Marie Stuart, qui s’est en réalité déroulée au château de Fotheringhay, détruit en 1627. La scène, inspirée de documents historiques, montre Marie Stuart entrant dans l’église sans prêter attention aux prières du Doyen protestant de Peterborough, montant sur l’échafaud, ôtant sa robe noire et laissant apparaître une chemise rouge, la couleur des martyrs catholiques, puis accordant son pardon à son bourreau avant de poser sa tête sur le billot.

Elisabeth, l'age d'or, le filmJustin Pollard, responsable des recherches historiques, raconte : «La scène a beaucoup touché l’équipe de tournage et la centaine d’acteurs et de figurants présents. Malgré les projecteurs et les caméras, c’était comme si nous assistions à l’exécution.» Le tournage s’est poursuivi à la cathédrale de Winchester, construite en 1079 dans l’ouest de l’Angleterre, où la production est restée quatre jours. Avec ses voûtes et vitraux impressionnants, Winchester ressemble à ce que devait être la toute première cathédrale St. Paul, ravagée lors du grand incendie de Londres en 1666. La chapelle de la Vierge a été utilisée pour représenter la chapelle royale où la reine venait prier et où elle rencontra celui qui aurait dû être son assassin. C’est également dans sa nef extraordinaire qu’Elizabeth appelle à se battre contre les Espagnols.

L’époque élisabéthaine fut une période d’intense construction à Londres. C’est pourquoi Guy Hendrix Dyas a eu l’idée de profiter des travaux de rénovation en cours à Winchester. Des vrais tailleurs de pierre ont été engagés comme figurants ; ils incarnent les bâtisseurs de la cathédrale St. Paul. En outre, les échafaudages ont offert au réalisateur la possibilité de filmer derrière des obstacles.

L’équipe a quitté la cathédrale de Winchester pour le St. John’s College, le deuxième plus grand collège de l’Université de Cambridge, fondé en 1511 par Lady Margaret Beaufort, la mère d’Henry VII (et donc l’arrière-grand-mère d’Elizabeth). C’est là qu’a été mis en scène un des moments les plus légendaires du règne d’Elizabeth : sa première rencontre avec Raleigh, lors de laquelle il étendit son manteau sous les pieds de la reine pour la protéger d’une flaque d’eau.

Justin Pollard commente : «On ignore si cette légende, rapportée pour la première fois près d’une centaine d’années plus tard par Thomas Fuller, en 1663, est vraie. Cependant, c’est le genre de chose que Raleigh aurait certainement pu faire et que la reine aurait aimé. En plus de son côté symbolique, cette scène offrait une excellente manière d’introduire le personnage de Raleigh.» La cathédrale d’Ely, une autre cathédrale romane construite sur une île dans des terres marécageuses, a servi de décor pour la cour de la reine à Whitehall.

Elisabeth, l'age d'or, le filmJustin Pollard observe : «Les cathédrales choisies établissent un contraste entre la majesté de la reine et la vulnérabilité de l’homme. C’est aussi un moyen de rendre hommage à l’héritage architectural de l’Angleterre.» Pendant deux semaines, la production a réalisé dans la nef les scènes où Elizabeth rencontre l’ambassadeur espagnol, découvre le complot de Philippe II et apprend la nouvelle de l’exécution de Marie. Shekhar Kapur a filmé cette scène du haut de la tour octogonale de la cathédrale, opposant ainsi la fragilité humaine de la reine à l’indifférence de la vaste voûte de pierre.

La chapelle de la Vierge, redécorée par Guy Hendrix Dyas, sert de cadre à la présentation de Raleigh à la Cour à qui il fait découvrir la pomme de terre et le tabac rapportés du Nouveau Monde.

C’est là également qu’a été filmé le banquet donné par Elizabeth en l’honneur de l’archiduc Charles d’Autriche. Des plats d’époque, comme de la tourte de héron ou du paon farci, ont été préparés à partir de recettes authentiques et d’illustrations. La ménagerie de la reine est présentée aux convives pour les divertir. Celle-ci inclut des perroquets, un python indien, un singe et même un zèbre. Justin Pollard commente : «Dans les années 1580, des animaux exotiques étaient souvent offerts comme cadeaux à la Couronne par d’autres monarques, et il y avait une vraie compétition pour savoir qui aurait les plus rares.»

Le tournage s’est terminé à Brean Down, un des plus spectaculaires endroits de la côte du Somerset, pour y filmer le célèbre discours donné par Elizabeth à Tilbury face à ses troupes juste avant la confrontation avec l’Armada. Jonathan Cavendish explique : «Cette exhortation à ses troupes marque le moment où elle prend totalement le commandement de la bataille et où son image devient sacrée.»

Restant dans l’Ouest, la production s’est finalement installée à la cathédrale de Wells dont la structure impressionnante et les bâtiments alentour vieux de plus de huit siècles dominent toujours la ville de Wells, au coeur du Somerset. Les cinéastes ont utilisé le fabuleux escalier qui relie le transept nord à la salle du chapitre pour représenter l’entrée principale du palais de Whitehall, qui, selon Justin Pollard, constitue le point de rencontre entre le monde extérieur et l’univers très fermé de la Cour. Avant de retourner à Shepperton, les derniers lieux de tournage ont été : Waverley Abbey, les ruines presque oubliées d’un monastère qui servent de lieu de rencontre aux conspirateurs catholiques, Dorney Court, qui représente la maison de Raleigh, ainsi que Petworth Park, le célèbre parc immortalisé dans les peintures de Turner, où la production a filmé une séquence à cheval pendant laquelle Elizabeth et Raleigh se retrouvent seuls.