Les Proies, le film

Le feu sous la peau, le filmL'HISTOIRE

Katrina, jeune mère célibataire de 19 ans, évolue dans un monde de petits voyous et de glandeurs…

Dans le quartier résidentiel de Golden Grove, elle vit avec son père John, un homme dévoué, qu'elle déteste et qu'elle rend responsable de la mort de sa mère.

Elle est passée maître dans l'art de manipuler les hommes – à tel point qu'elle ne recule devant rien pour obtenir ce qu'elle veut ou qui elle veut…

Lorsque son père menace de lui couper les vivres et d'emmener sa fille loin d'elle, Katrina échafaude un plan diabolique qui marquera la petite communauté pour longtemps…

PAROLES DE RÉALISATEUR

Que reste-t-il de votre expérience dans le clip vidéo pour le tournage d'un long métrage de fiction comme LE FEU SOUS LA PEAU ?

Il me reste la musique d'une part, et ce côté rock'n'roll d'autre part qui va au-delà de la bande-son dans le film.

Qu'est ce qui vous attiré dans le projet du FEU SOUS LA PEAU ?

A la lecture du scénario, je l'ai trouvé très énergique et puissant, mais surtout avec un ton très décalé. Je voulais faire un film très "brut de décoffrage", pour secouer le public.

Le feu sous la peau, le filmComment s'est passé votre collaboration avec Emily Barclay ?

Nous avions pensé à Emily dès que nous l'avons découverte dans IN MY FATHER'S DEN. Je n'avais pas trop d'appréhension à son sujet, même si j'ai mis longtemps avant de lui dire que le rôle était pour elle. On a continué les essais pendant de longs mois, mais je l'avais toujours à l'esprit. Jusqu'au jour où il ne restait plus qu'elle.

En fait, mes craintes allaient plutôt vers les autres acteurs, la manière dont ils allaient s'imbriquer dans cette histoire. Il fallait vraiment qu'on perçoive l'ascendant de Katrina sur tous les autres personnages.

D'une certaine manière, LE FEU SOUS LA PEAU fait penser au film de Russ Meyer, FASTER PUSSYCAT KILL KILL, avec ces femmes dominatrices et ces hommes, un peu crétins…

Je suis totalement d'accord. Il fait d'ailleurs partie des films que j'ai montrés aux acteurs pendant la phase de préparation pour orienter le jeu vers ce type d'atmosphère.

Le feu sous la peau, le film

LE PROJET

Le film est né à partir d'une idée de Leah Churchill-Brown, réputée comme l'une des meilleures productrices australiennes de spots publicitaires et de clips vidéo, ainsi que de documentaires nommés aux Oscars comme Nicaragua : No Pasaran et Chile : Hasta Cuando. Elle souhaitait se tourner vers le long métrage, et a découvert qu'Alice Bell, qui travaillait à ses côtés comme régisseuse depuis six ans, s'était mise à écrire son propre scénario.

"Je suis devenue obnubilée par le conflit entre l'inné et l'acquis. Est-ce que le mal existe ou ne peut-il s'agir que d'un crime passionnel ? Alice a commencé à jeter des idées sur le papier et, au bout d'un an de travail, nous tenions notre scénario.”

En amont de ce travail d'écriture, Leah fit part de ses idées au réalisateur et producteur australien Robert Connolly qui l'avait déjà soutenue sur un autre projet. Son usage du terme “coquin” pour parler du projet encouragea Leah et Alice à rester constamment à la lisière de la comédie et du drame et à créer l'une des protagonistes les plus originales du cinéma australien – Katrina Skinner.

Au cours de l'écriture, Alice se dit qu'un événement s'étant produit dans le passé de Katrina devait permettre d'expliquer son comportement répréhensible. Mais finalement elle fait marche arrière, afin que le scénario reste original et inattendu :

Le feu sous la peau, le film“Je voulais que le public quitte la salle en se posant des questions. A-t-elle souffert de maltraitance ? Qui est le père de sa fille Bailee ? Que s'est-il passé entre l'inspecteur Robert Andretti et Katrina ? C'est comme ça que les commérages se propagent dans les petites villes. Je souhaitais que les spectateurs se forgent leur propre point de vue sur ce qui s'est vraiment passé à Golden Grove…”

“C'est en empruntant des traits de caractère de plusieurs criminels, et en me débarrassant des limites imposées par la société et de tout scrupule quant aux conséquences de ses actes, que j'ai construit le personnage de Katrina,” explique Alice. “Une fois que je tenais mon personnage, je l'ai lâché dans une banlieue résidentielle et je lui ai imaginé un enfant – parce que je trouvais que cela tranchait de manière intéressante avec ce qu'elle s'apprêtait à faire dans le film – Le personnage de Katrina ne recule devant rien.”

“Katrina m'a toujours fait penser à un ouragan. C'est facile d'évoquer les actes abominables qu'elle commet . La voir vous glace le sang, mais c'est le genre de personne qu'on aime fréquenter parce que, sans elle, la vie est franchement terne. Elle est pleine de vitalité, ne mène pas sa vie comme tout le monde, mais s'amuse beaucoup plus. Elle a beaucoup d'humour.”

“Le film vous emporte dans un tourbillon de folie, d'énergie, et de cruauté, mais c'est surtout l'histoire d'un personnage sans limites, permettant aux spectateurs de vivre des choses interdites par procuration”, précise la productrice exécutive Jan Chapman.

“Je ne voulais pas que le film verse dans la farce. Il y a de nombreuses scènes d'humour noir, et l'humour y est un élément fondamental, mais il fallait qu'on reste toujours sur le fil : je ne voulais pas que le film adopte un ton de sitcom ou une tonalité trop décalée”, explique Paul Goldman.

LES ACTEURS

Le feu sous la peau, le filmTrouver la comédienne pour le rôle de Katrina a été un vrai défi car, de toute évidence, le sort du film en dépendait. Paul Goldman a fait appel à la directrice de casting Anousha Zarkesh avec qui il avait travaillé sur ses deux précédents longs métrages.

“Anousha savait que je n'étais pas du genre à crier victoire en croyant avoir trouvé quelqu'un ! Nous avons rencontré beaucoup de bonnes comédiennes. Nous avons pensé à Emily Barclay dès que nous l'avons vue dans IN MY FATHER'S DEN, un an et demi avant d'entamer le casting. Nous l'avons faite venir de Nouvelle-Zélande et elle nous a tout simplement époustouflés”.

“Emily a du culot, elle est drôle, intelligente et elle a un petit grain de folie. Elle possède une densité que je n'ai jamais vue auparavant. C'est une vraie trouvaille, et c'est à son contact que les autres comédiens se sont révélés” poursuit Alice.

Emily Barclay partage l'affiche aux côtés de Michael Dorman qui campe Rusty, le petit ami dévoué de Katrina.

Pour la productrice Leah Churchill-Brown, “il y a une douceur dans son jeu qui offre un parfait contrepoint à Katrina, on s'identifie totalement à lui et on comprend ce qui motive ses actes”.

ENTRETIEN AVEC EMILY BARCLAY

Le feu sous la peau, le filmComment pourriez-vous décrire le personnage de Katrina ?

Elle est pareille au cyclone Katrina : elle n'a pas de limites, pas de repères, et elle transgresse toutes les règles. Elle nous rappelle à quel point toutes ces règles sont fragiles et combien il est facile de s'écarter de ce qu'on croit être le droit chemin. Elle est instable et elle pousse constamment les gens qui l'entourent dans leurs retranchements, mais elle est aussi charmante et manipulatrice. En se plaçant du point de vue des valeurs bourgeoises, on pourrait la condamner et penser qu'elle ne se comporte pas bien, mais de son propre point de vue, ses actes lui paraissent justifiés. Elle ne fait pas ce qu'il faut, mais pour de bonnes raisons… C'est une jeune femme qui se sent investie de grands pouvoirs, et c'est ce que j'aime chez elle : elle possède une force hallucinante, et un sex-appeal sidérant, si bien qu'elle peut castrer les hommes qui l'approchent. Dans le film, les hommes sont faibles, et les femmes

sont fortes, mais personne ne cherche à expliquer cette situation. Katrina ne cherche pas d'excuses pour justifier son comportement. Elle adore la vie, et elle commet toutes sortes d'actes insensés en y prenant un plaisir incroyable. Elle est très attirante, si bien qu'on a envie d'être à ses côtés. En même temps, elle est effrayante car elle incarne cette part d'ombre que nous avons tous au fond de nous-mêmes : elle symbolise ce que les parents craignent que deviennent leurs enfants. Elle est extraordinairement libre, et j'ai adoré interpréter ce personnage.

Quels sont les rapports de Katrina avec les autres personnages ?

Elle rend John, son père, responsable de tout ce qui ne va pas dans sa vie. Elle s'est forgée son propre monde : de même qu'à force de répéter un mensonge plusieurs fois, on finit par y croire, elle a tendance à déformer la réalité. Et John est son bouc émissaire. Elle n'a pas eu une vie facile : sa mère l'a abandonnée, elle et son frère Danny, pour devenir toxicomane et se prostituer. Je pense que, de manière subconsciente, ce vécu lui sert d'excuse pour justifier ses actes. Pour elle, c'est à cause de John si sa mère est partie, et c'est à cause de lui si Danny est en prison. Rusty est le souffre-douleur de Katrina, même s'il est conscient qu'elle ne l'aimera jamais comme elle aime Danny. Mais elle reste avec Rusty parce qu'il l'adore, qu'il s'occupe de sa fille Bailee et qu'il remplit le vide quand elle rentre chez elle. C'est ça qui nourrit sa frustration : elle est adorée, mais elle sait qu'elle ne mérite pas tout cet amour, et elle espère donc qu'il pourra l'aimer un peu moins… Avec Kenny, elle exerce ses dons de manipulatrice : d'un seul regard, elle est capable de jauger quelqu'un, et c'est ce qu'elle fait avec lui. C'est une proie facile et elle se sert de lui. Lylia est innocente, tout comme Kenny. Katrina n'est pas tyrannique, et elle prend la défense d'êtres comme Lilya et Kenny. Elle ne cherche pas à corrompre Lilya, mais elle s'amuse à assister à sa transformation.

Le feu sous la peau, le filmComment vous êtes-vous préparée au rôle de Katrina ?

Je n'ai jamais cru que je décrocherais le rôle. Ce qui m'a vraiment flanqué la trouille, c'est la dimension sexuelle du personnage, tellement extraverti, et c'est ce qui m'a semblé le plus difficile et gênant au début.

J'ai mis du temps à m'identifier à elle, mais assez vite, je me suis aperçue que je la comprenais totalement. Nous avons fait beaucoup de répétitions au cours desquelles Katrina s'est mise à exister. Paul Goldman, Alice Bell et David Field (répétiteur) m'ont encouragé à me laisser aller, à entrer dans la peau du personnage et à donner vie et souffle à Katrina. J'ai su que j'avais vraiment compris le personnage quand je me suis aperçue que Katrina était aussi «Kat» (“chat” en anglais) : sa démarche, ses regards et ses gestes sont félins.

J'ai également compris que si elle est d'une force extraordinaire, elle est aussi un peu perdue, car c'est aussi une petite fille d'une certaine façon : elle recherche désespérément quelque chose ou quelqu'un pour l'aider à aller mieux, pour lui donner des repères, des règles, mais tous les hommes de son entourage la déçoivent. Quand elle dit «je veux rencontrer quelqu'un qui me baise comme un tigre et qui m'aime», c'est très révélateur, mais tous les hommes qu'elle rencontre sont faiblards. Le plus tragique, c'est que tout ce qu'elle fait, elle le fait pour Danny, alors qu'il s'en fout, et cela lui brise le coeur.

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans le scénario ?

Il y a peu de personnages féminins aussi forts, et même les personnages de femmes fatales finissent par mourir ou être punis. J'ai trouvé que c'était un scénario très courageux et une histoire captivante. Katrina est un personnage fascinant pour une comédienne. Elle a plusieurs visages – qu'elle aille dans l'émotion pour de vrai ou que ce ne soit qu'une façade, cela demande au comédien d'explorer des registres dramatiques très différents – et c'est à la foi très stimulant et gratifiant.

Le feu sous la peau, le filmComment s'est passée votre collaboration avec Paul Goldman ?

Paul était très présent, et il m'a accordé une grande liberté de création. Il voulait que je donne mon avis sur le casting, les costumes etc... Il me consultait sur chaque aspect du film.

Selon vous, de quoi parle le film ?

Le film aborde un nombre incroyable de thèmes différents qu'on a envie d'explorer : la vérité, qui dit la vérité, ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Le film parle aussi des barrières morales : ce qui est bien, ce qui est mal et pourquoi, qui établit ces barrières et les valeurs morales auxquelles nous adhérons tous et pourquoi, et ce qui se passe lorsqu'on transgresse ces règles. Le film offre aussi un point de vue sur les banlieues résidentielles, sur ce qui se cache derrière ces haies impeccables et ces masques qu'arborent leurs habitants, et sur ce qui se passe dans ces maisons une fois que la porte s'est refermée !

LE TOURNAGE

Paul Goldman a choisi le chef-opérateur Robert Humphreys, la chef décoratrice Nell Hanson et la chef costumière Melinda Doring. Alice, Leah et lui savaient parfaitement quel style visuel ils voulaient donner au film : en ouvrant le diaphragme de la caméra de deux valeurs et en utilisant une palette de couleurs d'une grande richesse, le style hyperréaliste du film s'est accentué.

Le feu sous la peau, le film“Nous avons fait des repérages dans la région, d'Adelaïde jusqu'à Wollongong, mais le bureau du cinéma de Newcastle s'est montré très convaincant et efficace : une part de notre financement provient d'ailleurs du Fonds régional de soutien au cinéma du Nouveau Pays de Galles du Sud.”

“Il était très stimulant de construire le personnage de Katrina, d'abord petite fille puis redoutable monstre, et d'établir un contraste entre sa chambre, pleine de couleurs et de vie, et le reste de la maison, vide et sans âme. Katrina incarne la vie dans cette maison,” explique Nell Hanson.

La maison de Lilya est l'incarnation même de la perfection. On y trouve un paillasson souhaitant la bienvenue sur le palier, mais on ne s'y sent pas franchement bienvenu… Le film s'achève dans une maison au bord de la mer. On a désormais quitté le monde de la banlieue résidentielle pour une demeure qui symbolise un art de vivre idyllique.

La chef costumière Melinda Doring avait pour mission de créer toute une garde-robe pour Katrina. D'après Paul Goldman, son travail s'est révélé crucial pour qu'Emily Barclay puisse s'emparer totalement du personnage.

“Au départ, nous lui avons donné un masque pour faciliter son travail, et nous savions que si nous visions juste, cela lui donnerait toute liberté pour entrer dans la peau du personnage. Emily portait d'énormes ongles en acrylique, une longue chevelure brune et un rembourrage au niveau de la poitrine, ce qui lui donnait un air rebelle et lui procurait un pur plaisir à camper le personnage,” précise-t-il. Nous avons demandé à Emily de porter ces accessoires et ces costumes dans la rue pour voir comment elle se sentait : Katrina a parfois l'air d'une fille facile, et cela ne correspond pas du tout au style vestimentaire d'Emily : Katrina n'a rien à voir avec elle et il fallait donc qu'on garde cela en tête constamment pour réussir sa transformation. La figure du chat était un élément important des costumes de Katrina et le caractère félin du personnage ont servi d'inspiration à Melinda.

Le feu sous la peau, le film“Katrina est assez sûre d'elle et de son physique, et ses costumes mettent alors en valeur ses plus grands atouts : ses seins et ses jambes. Elle passe son temps à s'exhiber et à s'affirmer à travers ses vêtements”, précise Melinda.

Le chef-opérateur Bob Humphreys a cherché à créer une atmosphère âpre, ancrée dans la réalité contemporaine et mettant en valeur le jeu sans concession des comédiens.

“Les couleurs sont saturées et très vives, comme dans une représentation colorée de la banlieue. Le style est réaliste, voire hyperréaliste. Par ailleurs, le film a essentiellement été tourné caméra à l'épaule. La caméra se veut observatrice, et les teintes saturées viennent à la fois du travail en labo et du réglage du diaphragme.”

“Le film parle de rock'n'roll, de sexe et de bolides. Il vous entraîne dans un véritable parcours de montagnes russes, à la fois irrésistible et très coquin.”