

Jean-Pierre Ménard, las de voir sa femme lui refuser le " devoir conjugal ", décide de lui couper les vivres en instaurant une nouvelle règle entre eux :" Pas de cul, pas de fric ! "
Jean-Pierre Ménard (Christian Clavier), riche homme d'affaires, a tout pour être heureux. Une belle réussite financière, une belle femme, Odile (Nathalie Baye), une fille de seize ans, un bel appartement, et une belle voiture avec chauffeur, Richard (Gérard Lanvin). Mais Jean-Pierre a un souci. Cela fait maintenant plusieurs années que sa femme et lui font chambre à part, et Jean-Pierre se sent seul, très seul. Il ne sait plus comment faire, il ne sait plus quoi penser. Un peu perdu, il décide de se confier à son chauffeur.
Richard est aussi très contrarié en ce moment. Sa compagne, Caroline (Géraldine Pailhas), a décidé d'écrire. Elle écrit nuit et jour depuis six mois. Richard se sent complètement délaissé et souffre de cette situation. Il est à bout et a un avis tranché sur les femmes: " Elle est comme toutes les autres ! La vôtre, la mienne, toutes ! Elles profitent de notre pognon! "
Il finit par asséner un précieux conseil à son patron : " Coupez-lui un peu les vivres à la vôtre, et vous allez voir! " Jean-Pierre le prend au mot, subtilise en pleine nuit la carte de crédit de sa femme et instaure désormais une nouvelle règle entre eux : " Pas de cul, pas de fric ! "
Comment le projet est-il né ?
Quand les couples se déchirent, les problèmes d'argent font souvent surface. Je l'ai fréquemment observé autour de moi. J'ai donc eu envie de parler de la place de l'argent dans le couple.

Le voyez-vous comme la continuation des Soeurs fâchées ?
Pas du tout. C'est une nouvelle histoire, une nouvelle aventure. Peut-être un seul point commun : un dîner qui dégénère...
Parlez-nous de votre travail d'écriture. Comment élaborez-vous les dialogues ?
C'est la partie que je préfère. Je ferme les yeux, je visualise mes scènes et les dialogues surgissent des situations que j'ai mises en place auparavant. Je cherche avant tout une musique des mots. Je travaille autant sur la sonorité et la musicalité des mots que sur leur sens. C'est ma façon de concevoir les dialogues.
Le rythme naît-il dès l'écriture ou plutôt lors de la mise en scène ?
Encore une fois, le rythme et la sonorité des mots et des phrases sont tout aussi importants que leur signification. Dès l'écriture, mon souci est de faire en sorte que les dialogues sonnent et induisent le rythme dont vous parlez. Au moment de la mise en scène, tout doit être en place et les acteurs doivent suivre au plus près ce qui est écrit.
Quel regard portez-vous sur les quatre protagonistes ?
Ils m'attendrissent tous les quatre. Ils sont chacun en quête de bonheur et se battent avec les armes qui sont les leurs.
Peut-on dire que Caroline est une cousine de Louise, l'une des deux protagonistes des Soeurs fâchées, toutes deux assumant leur désir d'écrire ?
Sans être une cousine, une sorte de lien de parenté les unit en ce sens où elles ont toutes deux la passion de l'écriture. L'une y est arrivée, l'autre est en devenir. Par contre, leurs caractères sont totalement différents. L'une est naïve, tandis que l'autre est volontaire et déterminée.
Peut-on dire que ces couples ne sont ensemble que par intérêt ?
Non. Si Caroline avait voulu se mettre avec un homme par intérêt, elle n'aurait certainement pas choisi Richard, mais un homme avec une situation financière confortable. Quant à Odile, elle a certainement épousé Jean-Pierre par amour au début. C'est la lassitude et l'érosion du couple qui a fait que, petit à petit, elle est devenue plus intéressée qu'amoureuse, et cela sans même s'en apercevoir.
Comment orchestrez-vous une scène comme celle du dîner, réunissant les deux couples, qui est un jeu de massacre hilarant ?
Pour moi, c'est une scène comme une autre. Mais j'ai dû réajuster quelques dialogues en cours de tournage. En effet, dans le scénario, Jean-Pierre et Richard devaient contenir un fou rire. Or, il s'est avéré que, pendant le tournage, le fou rire a pris une proportion telle que j'ai dû réécrire la suite de la scène et réadapter les dialogues.

Tous les comédiens sont épatants. Comment avez-vous eu l'idée de les réunir ?
Il y a vingt-cinq ans, Nathalie Baye et Christian Clavier étaient réunis dans Je vais craquer de François Leterrier, Gérard Lanvin et Christian il y a près de vingt ans dans Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, Nathalie et Gérard en 1981 dans Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre... Je trouvais très excitant de les réunir à nouveau tous les trois. Géraldine Pailhas et Patrick Chesnais, deux acteurs sensationnels avec qui j'avais envie de tourner depuis longtemps, sont venus renforcer ce magnifique trio.
Parlez-moi de votre direction d'acteurs. Leur laissez-vous une part d'improvisation ou préférez-vous qu'ils soient très près du texte ?
Mes dialogues sont très précis. Il y a une musique des mots. Un mot n'en remplace pas un autre. Je suis très soucieuse de cette musique à respecter. C'est cela qui donne le rythme d'une comédie. En aucun cas je ne m'adresse à eux d'une manière générale. Je viens discrètement leur parler à l'oreille, leur donner une petite indication, avec toujours le plus de délicatesse possible. J'ai de toute façon la chance de travailler avec des comédiens qui saisissent immédiatement les sentiments que je veux leur faire exprimer et qui comprennent le sens des situations qu'ils ont à jouer.
Tournez-vous beaucoup de prises ? Faites-vous beaucoup de répétitions ?
Je fais en général assez peu de prises. Je suis une instinctive déterminée. J'essaie de ne pas “user” mes comédiens et je ne fais jamais de répétition.
Aviez-vous déjà une idée de la musique avant le tournage ? Cela vous aide-t-il pour la mise en scène ?
Non. Le film doit être un peu construit afin qu'il se dégage déjà un climat, une atmosphère, pour qu'un musicien puisse s'en inspirer et ressentir l'esprit du film.
Qu'est-ce qui vous a séduit dans le scénario ?
J'avais beaucoup aimé Les soeurs fâchées et j'ai retrouvé la même écriture très acide dans Le prix à payer. Je dois dire que j'ai été étonné par une telle virulence de la part d'une femme et le regard d'Alexandra Leclère sur le couple et les rapports homme femme est d'une grande acuité. J'ai beaucoup ri en lisant le scénario, même si les situations y sont incroyablement grinçantes.
Comment pourriez-vous décrire votre personnage ?
C'est un homme très “ installé ” qui a laissé l'argent l'éloigner de tout son entourage. Pour autant, ce n'est pas la problématique sociale qui prime, mais les rapports psychologiques entre les hommes et les femmes. C'est cette dimension que j'ai trouvée la plus originale dans le film.
Jean-Pierre, votre personnage, fait chambre à part avec sa femme.
Ils ne s'adressent plus la parole parce que l'ennui s'est installé peu à peu. Du coup, ils se sont tous les deux murés dans la solitude et plus rien ne se passe entre eux. Mais, comme Jean-Pierre est toujours amoureux de sa femme, il ne se résout pas à cette situation. D'où sa menace : “ Pas de cul, pas de fric ”.
La connivence masculine qui s'installe entre vous et Gérard Lanvin est irrésistible...
Oui, parce que ce film est une comédie qui peut toucher tout le monde : elle parle de sentiments qui sont les mêmes quels que soient les milieux sociaux. Gérard Lanvin, qui incarne mon chauffeur dans le film, éprouve les mêmes sentiments à l'égard de sa femme et de sa vie de couple que mon personnage vis-à-vis de sa propre femme.
En coupant les vivres à sa femme, votre personnage fait penser à un gamin à qui on vient d'offrir un nouveau jouet...
Absolument. Au départ, il s'agit d'un jeu qui fonctionne exactement comme le lui a prédit son chauffeur et leur complicité se bâtit d'ailleurs là-dessus. Mais mon personnage ne se rend pas comptequ'il a mis le doigt dans un engrenage qui va s'avérer totalement catastrophique, pour lui comme pour son couple, même s'il s'en sort à la fin. C'est cela qui est à la fois drôle et passionnant : il s'agit de ces choses qu'on pense faire de bonne foi sans que cela soit grave, mais qui deviennent extrêmement graves pour l'autre et qui entraînent des drames qu'on a énormément de difficultés à surmonter, d'où la comédie. C'est très intéressant à jouer.
Parlez-nous de la direction d'acteurs d'Alexandra Leclère.
Alexandra sait très précisément ce qu'elle recherche chez les comédiens et – plus important encore – elle sait parfaitement ce qu'elle ne veut pas. Ce qu'elle demande aux comédiens, c'est avant tout d'entrer dans son imaginaire. Et c'est à nous, interprètes, de trouver les outils nous permettant d'être au service de son imaginaire. C'est pour cela que c'était formidable de tourner avec des comédiens comme Nathalie Baye ou Gérard Lanvin parce qu'ils sont tellement expérimentés qu'ils vont immédiatement à l'essentiel sans se raconter d'histoire : il n'y a ni peur, ni fausse pudeur, et c'est comme cela qu'on gagne du temps. Le tournage s'est vraiment déroulé dans une grande jubilation.
Alexandra Leclère est très sensible à la musicalité des dialogues.
Je comprends cela d'autant mieux que je suis moi-même auteur. C'est ce qui explique qu'elle soit très exigeante sur le fait qu'on respecte scrupuleusement ses dialogues. Pour autant, elle accepte certaines suggestions qu'on peut lui faire et qui sont susceptibles d'enrichir ses personnages. Par exemple, j'ai improvisé un fou rire pendant la séquence du dîner, ce qui a surpris Alexandra, mais l'a aussi intéressée : elle s'en est servie et a ainsi légèrement modifié la scène .
Parlez-nous de votre personnage, Odile. Que fuit-elle dans cette “ shoppingmania ” qui la pousse à dévaliser les boutiques de luxe de l'avenue Montaigne ?
Odile est, comme beaucoup de gens, prise par une frénésie de consommation qui est une forme de délire compulsif pour chasser les angoisses et combler un sentiment de vide et d'ennui permanent. Certains, comme Odile, en ont les moyens alors que d'autres peuvent dépenser leur salaire en un claquement de doigts et se retrouver à la rue. C'est parfois quasiment pathologique. En fait, ils éprouvent le besoin de distraire un sentiment de malaise vis-à-vis d'eux-mêmes, pour éviter de prendre le temps de réfléchir à leur vie. À un moment, ils ont été dépassés et ils continuent à avancer sans se rendre compte qu'ils se trompent sur eux-mêmes.
“ J'ai besoin de tout ou de rien ” dit Odile. Cette réplique la définit assez bien.
Oui, il y a quelque chose d'un peu infantile en elle. Et puis, elle ne se satisfait pas de son bonheur tranquille et un peu routinier de femme au foyer. Maintenant que sa fille s'apprête à voler de ses propres ailes, elle a besoin justement d'émotions fortes. Il faut qu'il se passe quelque chose, alors elle veut tout plutôt que rien. Heureusement, ce qui se passe par la suite lui permet de prendre conscience de sa situation. J'aime bien sa façon d'évoluer.
Malgré son désarroi, Odile reste une femme forte. Elle relève avec un certain cynisme le défi de son mari. Quand il lui dit : “ Pas de cul, pas de fric ”, elle lui répond : “ Sers-toi, je ferme les yeux ! ”.
C'est une femme en colère, en ébullition permanente, c'est pour cela qu'elle me plait. Elle met toute son énergie à se battre comme lorsqu'elle avait la frénésie de la carte bleue ! Elle part en vrille, mais c'est cette colère qui la fait tenir et qui continue à la garder vivante. En réalité, elle n'a rien abandonné. Et elle ne veut pas non plus abandonner son mari pour autant.
Comme souvent dans ces cas-là, elle pense trouver un réconfort dans les bras d'un amant.
Et ce qui est drôle, c'est que cet amant ne prend du plaisir que dans l'amour tarifé ! On a beaucoup ri avec Patrick Chesnais en tournant ces scènes. Odile est une femme assez naïve, c'est aussi ce qui la rend amusante et met de la comédie dans son drame, dans la catastrophe qui lui arrive. Mariée très jeune, gâtée par la vie, elle a avancé sans trop réfléchir, mais en même temps, elle est courageuse. Elle se bagarre, elle ne lâche pas le morceau. La preuve, quand elle drague son chauffeur, interprété par Gérard Lanvin, elle va le provoquer sur son propre terrain de macho ! Oui, c'est vraiment une bagarreuse.
Le film joue sur un double registre, aux scènes de tension succèdent de vrais moments de comédie. Par exemple cette scène où vous avalez votre alliance !
Elle est quand même dingue cette femme ! C'est dans ces moments-là que je la trouve la plus touchante, parce qu'elle est prête à tout. Elle pourrait sangloter, jouer la femme la plus malheureuse du monde, mais non, elle va au bout de sa colère. Elle ne lâche rien !
Qu'est ce qui vous a plu dans la manière de travailler d'Alexandra Leclère ?
Alexandra est audacieuse, elle ne chipote pas. Elle m'a épatée. J'apprécie particulièrement sa façon d'aborder son sujet avec un mélange de drôlerie et de gravité. Elle ose dire d'une manière parfois violente, caustique, voire crue, ce que souvent on hésite à dire. J'aime bien les gens qui vont au bout de leurs idées. Par ailleurs sur le plateau, elle est très bon public : quand une scène fonctionne, on l'entend rire derrière le combo ! C'est très gratifiant pour un acteur car cela permet de se rassurer. Pour moi, c'est le signe d'une grande générosité : Alexandra est une réalisatrice qui sait vous accompagner dans le jeu et qui instaure un bel échange avec les interprètes.
Vous êtes entourée de partenaires de choix.
J'avais déjà travaillé avec Christian Clavier, Patrick Chesnais, Gérard Lanvin et Géraldine Pailhas, je les ai donc retrouvés avec joie. Avec de tels partenaires, rien n'est laborieux, ça va vite. On s'amuse. Il y a de la complicité, il y a des fous rires. Dans ce film, les situations de comédie demandent une énergie, une tension invraisemblable et un timing parfois plus exigeant que pour des situations dramatiques. Alors, c'est très agréable d'être entourée de partenaires qui partagent le même désir et le même plaisir du jeu.
Qu'est-ce qui vous a plu dans le scénario ?
La plume d'Alexandra me plait. Elle me fait penser au Blier de la bonne époque, celui qui était en plein dans son époque justement. Ce style acide, drôle, percutant, émouvant, jusqu'à méchant même, quelle palette pour un acteur ! Comment ne pas aimer ce style sans complaisance, qui sait nous parler de nous, de nos travers, cette objectivité, ce courage, et toute cette émotion qui s'en dégage. J'aime l'écriture populaire, surtout quand elle est de qualité.
C'était aussi l'occasion de retravailler avec des comédiens avec qui vous aviez déjà tourné...
Vous savez, au bout de vingt-huit ans de parcours, il est heureux de retrouver certains camarades, d'abord parce que c'est une preuve de longévité et qu'ensuite nos parcours différents nous ont appris la valeur du partenaire. Les qualités de ces trois grands acteurs sont, sans conteste, le talent, le sens de l'amitié et le respect, et je les en remercie encore.
Vous avez tourné avec des femmes metteurs en scène telle que Nicole Garcia, Agnès Jaoui et aujourd'hui Alexandra Leclère...
De nos jours, il y a très peu de rôles intéressants pour les cinquantenaires au cinéma, et Alexandra nous a offert à Christian et à moi, deux personnages denses parce qu'en crise à un moment de leur vie où le doute et la réussite interviennent. Ce sont deux très beaux rôles avec de la matière à jouer. Je ne suis pas surpris que ce soit une femme qui ait écrit ça, car comme à chacune de mes rencontres avec un patron femme, je m'aperçois de leur exigence, de leur passion, de leur exactitude et croyez-moi, pour l'instant, y a pas photo, elles sont plus bornées que les mecs ! Chez Alexandra il n'y pas que la chevelure qui soit grande, il y a aussi les idées.
Un proverbe polonais dit : “ L'eau, le feu et la femme ne disent jamais assez ”. C'est vrai et c'est ce que j'aime. Et puis quand il faut être ferme, les femmes sont des montagnes. J'aime particulièrement travailler avec elles, elles m'ont toujours fait avancer grâce à cette fermeté. J'ai un profond respect pour ces patronnes qui m'ont fait confiance, ce sont des battantes que j'aime.
Vous incarnez le chauffeur de Christian Clavier.
Oui, c'est un boulot qui pourrait sembler sans intérêt, mais qui repose en réalité sur la confiance et la complicité... Il faut être plein d'attentions pour autrui et c'est une fonction qui est extrêmement pointue quand on est un bon chauffeur. On est témoin de la vie des gens qui sont sur la banquette arrière et on entend tout, même si, on ne participe pas d'un sourcil à ce qui se passe.
Votre personnage se sent soudain exclu par le désir d'écrire de sa compagne.
Il est très premier degré sur le plan affectif. C'est une question d'orgueil, la jalousie n'étant due qu'à de l'amour propre, il lui dit : “ Je croyais que ton rêve c'était moi ! ”. C'est stupide de dire ça à quelqu'un qu'on aime, mais en même temps c'est touchant. Il souffre parce qu'il pense qu'elle lui préfère l'écriture et qu'elle envisage une autre vie plutôt que de se contenter de celle qu'il lui offre. C'est d'ailleurs ce qu'il confie à son patron : “ Elle dit que depuis qu'elle écrit elle sent qu'elle existe, comme si avant elle n'existait pas ! ”. Son défaut, c'est qu'il croit être suffisant à l'autre, c'est un peu prétentieux ça, non ?
Pour autant, il ne s'agit pas de couples qui ne s'aiment plus.
Le personnage de Christian, comme le mien, est amoureux de sa femme. Ces couples sont, par la force des choses, aussi fragiles que tous les autres. Au moindre doute, de mauvaises réflexions peuvent prendre le dessus, des pensées pas nettes, de mauvaises interprétations des faits et gestes de l'autre. Il ne s'agit pas de gens qui ne s'aiment plus mais qui ont des doutes.
On vous sent très complice avec Christian Clavier ?
J'étais très heureux de retrouver Christian, c'est un acteur d'une grande efficacité que je connais depuis toujours et qui sait être à l'écoute du metteur en scène et de ses partenaires. C'est quelqu'un qui partage, il est intelligent et sait à qui il a à faire. Nous avons travaillé sur ce film avec solidarité et enthousiasme. C'était une belle retrouvaille.
Comment avez-vous rencontré Alexandra Leclère ?
Avant même d'écrire le scénario, il y a deux ans, Alexandra a souhaité me rencontrer pour me dire son envie de travailler avec moi sur ce projet. J'ai su alors que le personnage qu'elle me voyait interpréter était étroitement lié à son histoire. J'ai été immédiatement touchée et séduite qu'elle m'investisse de cette mission...
Comment pourriez-vous décrire votre personnage ?
Caroline est une jeune femme qui n'a pas réalisé grand-chose au cours des trente premières années de sa vie et qui s'éveille un jour en prenant conscience que son ambition c'est l'écriture. Ce qu'elle ignore, c'est que l'homme qui partage sa vie est incapable de comprendre qu'elle puisse avoir besoin d'autre chose que de lui et de ce qu'il lui apporte. Pour elle, les choses sont simples, mais pas pour lui.
Votre personnage a-t-il évolué entre le scénario et le tournage ?
Dans certaines scènes, je la trouvais trop fragile et très “ en souffrance ”. Il fallait ajouter un peu de mordant à cette Caroline pour qu'on décide de la plaindre, mais que tout ne soit pas joué dès le départ. Je n'ai pas eu à insister beaucoup ! Alexandra s'est réjouie de noircir encore un peu le tableau.
Elle n'est ni bourgeoise, ni issue d'un milieu populaire.
Ce n'est pas une question de milieu social. Il fallait qu'on sente que l'éducation qu'elle a reçue ne lui a pas permis d'avoir confiance en elle et en ses capacités : pour elle, se lancer dans l'écriture revient à se jeter dans le vide, à prendre un nouveau départ.
Caroline entre dans le jeu de Richard, mais on sent que c'est une souffrance pour elle.
C'est une souffrance pour toutes les femmes qui sont obligées d'étouffer leur ambition pour satisfaire l'ego masculin qu'elles ont en face d'elles. Dans le fond, Caroline sent bien qu'elle a construit quelque chose avec Richard, qu'ils élèvent ensemble ses enfants à elle et elle veut avant tout maintenir cette harmonie : elle consent donc à faire ce qu'il lui demande. Dans le même temps, elle y met de la mauvaise grâce, ce qui a pour effet de le déstabiliser. En fin de compte, elle accepte son marché tout en continuant à mener la danse...
Le prix à payer est une comédie grinçante, mais pas dénuée de tendresse.
Quand Alexandra m'a parlé du film au tout début, j'ai senti qu'elle se réjouissait de placer ses personnages dans des situations extrêmement difficiles dont ils ont – a priori – peu de chance de se sortir glorieusement ! Pour autant, au moment du tournage, elle n'abandonne pas ses personnages en perdition : elle les cajole et les entoure d'affection. Cela m'a beaucoup plu.
Comment s'est passé le tournage avec Gérard Lanvin qui interprète votre compagnon ?
J'ai constaté qu'il excelle lorsqu'il joue celui qui est mis en difficulté : plus on fait souffrir son personnage, meilleur il est ! Il ne cherche jamais à être au-dessus du rôle, il se met totalement à son service – même s'il doit se comporter de manière minable. Mais en fin de compte, Gérard possède un tel charme que, quoi qu'il arrive, il sauve son personnage. J'ai enchaîné deux films avec lui. Notre entente est un réel plaisir !
Quels rapports Alexandra Leclère a-t-elle avec les comédiens ?
Alexandra a une vraie détermination : elle n'est pas sous influence, elle sait exactement ce qu'elle veut. Elle aime aussi nous entendre, mais c'est sa vision des choses qui sera sur l'écran. J'ai aimé me soumettre à sa volonté aussi parce que je me suis sentie moi-même aimée. Il y a eu une vraie complicité entre nous. Elle m'a accompagnée de manière très sensuelle.