
Robert Redford nous propose son 7eme film en tant que réalisateur, Lions et Agneaux, le premier depuis le mièvre Bagger Vance en 2000.
Il a décidé de plonger en pleine actualité pour nous livrer une critique de l’engagement américain dans la guerre contre l’axe du mal, la fameuse « War on terror ». Au-delà de ce thème qui envahit actuellement nos écrans (« Dans la Vallée d’Elah », « Le Royaume » déjà en salles, « Grace is Gone » et « Redacted » prochainement), l’acteur-réalisateur a voulu prolonger la réflexion sur la courageuse nécessité de faire des choix, bons ou mauvais.

Disons le tout de suite : le film est raté. Trop lent, trop académique, trop prétentieux : Redford passe consciencieusement à côté de sa cible. Il n’émeut pas, il ennuie. Il n’est certes pas aidé par un script signé Carnahan. Pas Joe Carnahan (Narc, Mi$e à prix) mais Matthew Michael, le petit frère. Ses défauts principaux ? Statique, bavard, théâtral. D’ailleurs, le scénario avait été à l’origine envisagé pour une pièce de théâtre et cela se sent. Trop. Le film est divisé en tout et pour tout en trois scènes qui s’entremêlent pour finalement converger en un final larmoyant : les deux premières sont d’austères face-à-face situés dans des bureaux fonctionnels (l’un dans celui d’un sénateur républicain aux dents longues et l’autre dans celui d’un vieux prof d’université), la troisième se passe dans les montagnes d’Afghanistan et ne fait qu’illustrer les propos échangés par le prof et son jeune élève, brillant mais indolent. Le seul vrai avantage du film : sa longueur. Il ne dure que 90 minutes, parfait pour une bonne sieste.
Même côté réalisation, Papy Redford ne s’est vraiment pas foulé. Alors, certes, on pourra dire que cette sobriété excessive est voulue pour laisser les spectateurs se concentrer sur les dialogues et faire naitre le débat à la sortie des cinémas. Mais, diable, on est quand même venu voir un film, pas une conférence ni un exposé magistral. Les rares effets de style sont lourds et inutiles. Un exemple ? Quand la journaliste note un élément clé de son interview avec le sénateur (« whatever it takes »), un gros plan sur sa main en train d’écrire est-il vraiment nécessaire ? Enfin, plus triste, dans la scène d’action du film, tout fait faux alors que presque tout est vrai. Hormis l’hélicoptère en pauvres images de synthèse, l’équipe du film a tourné dans de la vraie neige dans les hauteurs californiennes. Malgré tout, on dirait un décor de carton-pâte avec des gros plans tournés sur fond vert. Aie !
Enfin, pour sauver ce film du ratage complet, il reste les acteurs. Car un film qui aligne Meryl Streep (l’actrice la plus oscarisée de l’histoire d’Hollywood), Tom Cruise (le scientologue le plus connu de la planète) et Robert Redford himself peut-il être véritablement totalement mauvais ? Ils sont tous trois parfaits dans leurs rôles : Tom est plus vrai que nature dans son costume trois pièces de sénateur ambitieux. Son jeu toujours aussi peu expressif colle parfaitement au personnage pétri de convictions guerrières. Meryl joue une journaliste brillante et fausse ingénue qui prendra véritablement conscience de la responsabilité que son métier implique. Robert, 71 ans déjà, joue un prof d’université (ils ne sont pas à la retraite à cet âge là normalement les profs?) plus vrai que nature, ouvert d’esprit et désireux de transmettre son savoir et ses valeurs aux générations futures.
En bref, pour réveiller les consciences d’Américains gavés de Fox News, ce pensum peut surement être utile. Et quoi de mieux qu’une fin facile au pathos exagéré pour finir de convaincre de l’absurdité des sacrifices que la guerre engendre ? Mais pour des Européens plus avertis, il est facile de se passer d’un film lénifiant, aussi mineur que décevant eu égard à son casting pourtant quatre étoiles.
Emmanuel Pujol