
Chez Bzz & Co, usine de tapettes à mouches, les affaires ne marchent plus très bien : il n’y a pas suffisamment de mouches !
Alors que les actionnaires inquiets décident de rationaliser l’usine, un savant fou se penche sur un projet de mouches mutantes qui ne tardent pas à attaquer les habitants de la ville.
Max, un jeune garçon à la recherche de son père, découvre les manipulations de Bzz & Co et, accompagné de sa nouvelle amie Félicie, il part contrer leur plan.

Produit presque 100% francophone (helvético-franco-belge et un tout petit peu anglais aussi), ce très court (1h15) film d’animation est une surprenante et ambitieuse initiative. D’habitude, ce sont nos cousins britanniques qui s’attaquent – avec succès – à ce genre de projet. De Wallace et Gromit à Chicken Run, on connaît le savoir faire des studios Aardman dans ce genre très particulier et périlleux de l’animation image par image de pâte à modeler.
S’il fallait toutefois rapprocher Max & Co de l’un de ses prédécesseurs, on aurait plutôt envie d’évoquer Tim Burton. D’ailleurs le personnage de savant fou qu’on retrouve ici rappelle directement l’univers et la fantasmagorie de l’étrange Noël de Monsieur Jack. Il n’est d’ailleurs pas étonnant d’apprendre qu’une partie de l’équipe de Max & Co a déjà collaboré à ces longs métrages d’animation.
Côté scénario, les deux jeunes frères à l’origine du projet avaient à la base comme ambition de réaliser un court métrage. De cette trame originelle, on retrouve la quête du petit orphelin Max à la recherche de son père disparu. Pour pouvoir passer au grand écran, l’histoire a été doublement étoffé avec la révolte des ouvriers du petit village contre le patron de l’usine de tapettes à mouche d’un côté et une histoire de manipulation génétique pour multiplier ces fameuses mouches. Le film est donc à la fois une quête initiatique, une critique des dérives scientifiques modernes et une illustration de la lutte des classes digne de Zola. Le film a d’ailleurs une touche clairement naturaliste, renforcée par le parti pris d’intégrer les personnages et le décor dans des paysages réels. Autre choix assumé, celui d’animaliser les humains pour adoucir la critique et souligner certains traits de caractères. Par exemple, le grand patron, particulièrement savoureux (c’est un héritier paresseux qui n’a jamais souhaité reprendre le poste de son père) est une grenouille en impeccable costumes trois pièces qui certes joue au poker met se jette à l’eau avec grand plaisir.
Le scénario est donc finalement très riche et les images fourmillent de détails, d’idées et de trouvailles originales (celle de l’orchestre d’ascenseur est particulièrement géniale). Mais à force de profusion, le film risque de perdre le public à qui il est censé s’adresser, les enfants. D’autant plus que certains pans de l’histoire sont particulièrement sombres et traités de manières très brutes (notamment la représentation sans fard de la mort). Les adultes, eux, se réjouiront d’une critique sociale acerbe mais pourront bailler poliment devant la quête du jeune Max.
Techniquement, c’est irréprochable… ou presque. Les expressions de visage des personnages sont variées et réalistes. L’animation, elle, est fluide et naturelle. Seul bémol ? Lors des scènes où l’action s’accélère, il y a une nette impression de ralenti. Mais ne soyons pas tatillon, c’est bluffant : on en oublierait presque que ce sont des marionnettes.
Côté voix, Lorànt Deutsch prête sa gouaille et son accent de titi parisien à Max. Seul souci, son débit de paroles est telle que la marionnette a parfois du mal à suivre ! Un Patrick Bouchitey donne lui son timbre doucereux à la grenouille capitaliste. Quand à Virgine Efira, elle campe une chanteuse de cabaret, sexy mais lucide.
Prix du public au dernier festival international du film d’animation d’Annecy, Max & Co est une belle réussite où adultes et enfants pourront trouver matière à rire et réfléchir… surtout à l’utilité d’une tapette à mouches !!!
Emmanuel Pujol
Max & Co est une aventure initiée par deux jeunes réalisateurs, Samuel et Frédéric Guillaume, secondés par Benoît Dreyer, l’un de leurs camarades décidant de suivre la production exécutive de ce qui, à l’origine, ne devait être qu’un court-métrage de 20 minutes. Une aventure qui prend son envol lorsque leur chemin croise celui du producteur Robert Boner. Séduit par leur ténacité et leur enthousiasme, il s’investit dans ce projet et l’amène vers un autre univers qu’il connaît bien, celui de la fiction en engageant à des postes décisifs plusieurs personnalités phares du monde cinématographique, Renato Berta pour la photo, Jacques Comets pour le montage, Christine Dory et Emmanuel Sallinger pour le scénario ou encore Bruno Coulais pour la musique, tous excités par la perspective d’aborder pour la première fois un film d’animation et de participer pleinement au développement de ce film. Max & Co devient ainsi une grande aventure collective, exigeant de chacun une implication qui a largement dépassé le simple domaine de leurs compétences et leur a permis à tous d’aller plus loin, de pousser certaines recherches techniques ou artistiques, ces deux formes se retrouvant ici étroitement liées.


