
Jenna, serveuse favorite chez Joe’s Diner, est aussi appréciée des clients pour son gracieux sourire que pour ses succulentes tartes. Moins heureuse en amour, Jenna est affligée d’un mari comme on n’en fait – presque - plus : Earl. Un beau matin, Jenna découvre avec horreur qu’elle est tombée enceinte de cet homme.
Elle se rend alors chez le nouveau gynécologue de sa petite ville, le timide et charmant Docteur Pomatter...dont elle tombe immédiatement amoureuse.
S’ensuit une liaison torride, qui compliquera encore un peu plus sa vie. Au fil des semaines, le ventre de la jolie serveuse s’arrondit, et une subtile métamorphose s’opère en elle sous le regard complice de ses collègues et amies Becky et Dawn et de son vieux patron, Joe.
Jenna se découvre des ressources insoupçonnées, un courage, des aptitudes et une faculté de résistance qu’elle ne se connaissait pas. Sa vie semble désormais avoir un sens.
«Je n’ai pas besoin d’un bébé, je veux pas d’embrouilles. Tout ce que je veux, c’est continuer à faire des tartes. Point final.» – Jenna, dans WAITRESS «J’ai écrit ce film au huitième mois de ma grossesse, à l’époque où l’idée de devenir mère m’inspirait une crainte profonde», avouait la scénariste/réalisatrice et comédienne Adrienne Shelly. «Je n’arrivais pas à imaginer mon avenir, je me sentais sur le point de perdre mon identité. Les femmes n’aiment pas évoquer de telles peurs, car c’est presque un sacrilège de dire qu’on redoute la maternité. Je n’avais jamais vu cette réaction illustrée au cinéma, et à fortiori dans une comédie. J’ai donc eu envie d’en parler». «Je savais aussi que la naissance d’un enfant déclenche en vous un autre genre d’amour, différent de tous ceux qu’on a éprouvés jusqu’alors. Un amour total, absolu, inconditionnel, qui change votre vie pour le meilleur. Ce film est un message d’amour à ma fille.»
Adrienne Shelly décida de compliquer encore un peu plus la donne en plaçant sa jeune héroïne au coeur d’un épineux dilemme sentimental. Mariée à un homme égoïste, macho et dominateur, Jenna se découvre soudain une folle passion pour le seul gynéco de la ville! La situation, qui pourrait aisément virer au mélo social, donne lieu à une comédie romantique empreinte d’humour et d’espoir – une célébration gourmande des pouvoirs magiques de l’amitié, de la maternité, du courage... et de la pâtisserie. Car la belle Jenna a une qualité précieuse, qui la sauve du naufrage : c’est une pâtissière hors pair ! Rien d’étonnant : Adrienne Shelly lui a communiqué sa propre passion : «Il me semblait important que Jenna possède un don bien à elle, qui stimulerait les papilles gustatives et les zygomatiques des spectateurs. C’est pour cela que nous avons mis autant de tartes dans WAITRESS.» Le public du Festival de Sundance qui découvrit le film en janvier 2007, réagit instantanément au charme, à l’humour, aux saveurs inattendues et à l’optimisme foncier de WAITRESS. Une réaction d’autant plus touchante qu’ Adrienne Shelly n’était plus là pour la partager. Sauvagement agressée à son domicile new-yorkais en novembre 2006, elle n’a jamais su que son film avait été sélectionné pour le plus prestigieux des festivals du cinéma indépendant.
«J’ai peine à croire que je suis ici, sans elle», déclarait à cette occasion le producteur Michael Roiff. «WAITRESS représentait dans sa carrière un tournant majeur, et elle tenait à ce qu’il soit montré à Sundance. Le voir dans ces circonstances est à la fois un bonheur et une épreuve, mais j’entends en moi une voix – c’est celle de Adrienne, qui me dit : «Allez, sois heureux, n’est-ce pas formidable ?»
Jenna et les personnages clés de WAITRESS appartiennent aux classes laborieuses et à une profession rarement illustrée à l’écran. Prêtant une attention particulière à la véracité de cette comédie régionale, Adrienne Shelly commença par faire passer des castings pour trouver son héroïne. Cette femme à l’itinéraire mouvementé devait nous séduire à la fois par son humour, ses élans amoureux, ses scrupules, sa résilience et, finalement, son immense courage. Un tel parcours n’était pas évident, mais il était au moins une actrice à qui cela ne posait aucun problème : Keri Russell.
Découverte à l’âge de 15 ans dans le «New Mickey Mouse Club», Keri a triomphé dans le rôle-titre de la série «Felicity» avant de tourner dans des films aussi divers que LES BIENFAITS DE LA COLÈRE ou MISSION : IMPOSSIBLE 3. Sa beauté naturelle en a fait une égérie des cosmétiques CoverGirl, mais WAITRESS allait lui donner l’occasion d’exploiter bien d’autres facettes de son talent, dans un registre plus quotidien, plus réaliste, nourri d’un mélange d’humour corsé et de sensibilité. «J’ai su dès la première seconde, qu’elle était notre Jenna. Keri était profondément touchante et très exactement dans la note», déclarait Adrienne Shelly sur le plateau. Séduite par l’écriture incisive de WAITRESS, Keri Russell notait de son côté : «C’est un film qui évoque les multiples visages de l’amour. Son script, à la fois drôle et poignant, est d’une qualité exceptionnelle. Je me suis également plu à jouer «sobrement», entourée de personnages débordant d’humour, et face à qui j’avais le plus grand mal à garder mon sérieux. J’ai vite compris que tout le monde faisait ce film pour de bonnes raisons. J’ai trouvé les gens plus motivés que sur bien d’autres tournages. Et lorsque j’ai vu le film à Sundance, j’ai pleinement ressenti l’espérance et la tendresse dont il était porteur.»
Aux prises avec une première grossesse et une situation matrimoniale désastreuse, Jenna peut compter sur la solidarité et l’humour de ses deux copines du Joe’s Diner, Dawn et Becky, aussi décidées qu’elle à améliorer leur condition. Dawn est interprétée par Adrienne Shelly, et l’exubérante Becky par Cheryl Hines, deux fois citée à l’Emmy dans la série «Larry et son nombril».
«Je suis une grande fan de Cheryl, et j’ai été ravie qu’elle se joigne à nous», déclarait la réalisatrice. Et Cheryl Hines : «Adrienne a écrit un script émouvant, drôle, authentique qui m’a tout de suite donné une envie folle de participer à son film. J’ai particulièrement apprécié la complicité qui s’est instaurée sur le plateau entre Keri, Adrienne et moi. Toute l’équipe était bourrée de talent, et c’était un réel privilège de jouer avec de tels acteurs. Nous sommes devenus de vrais amis, ravis d’habiter pour un temps dans un univers aussi particulier que le Joe’s Diner.»
L’amitié, la solidarité féminine, le pouvoir de l’amour maternel sont les thèmes clés de cette comédie dramatique, où la «guerre des sexes» engendre d’hilarants conflits. Adrienne Shelly accorda la même attention au casting de ses personnages masculins, qu’elle voulait risibles et exaspérants mais, surtout, profondément humains et authentiques.
Pour interpréter l’odieux mari de Jenna, Adrienne Shelly pensa d’emblée à Jeremy Sisto, qu’elle avait eu pour partenaire en 1999, dans le petit thriller new-yorkais DEAD DOG. Entre-temps, Sisto s’était imposé dans la série à succès «Six Feet Under», le drame THIRTEEN (avec Holly Hunter) et la récente série «Kidnapped» par son jeu d’une rare intensité. «Je pressentais qu’il aurait un fort impact dans ce film», expliquait Shelly, «et il m’a apporté tout ce que je souhaitais.» Sisto fut impressionné par le scénario et son approche résolument humoristique et optimiste d’une crise conjugale qui aurait pu donner lieu aux pires excès dramatiques : «Adrienne permet au spectateur de rire de certains personnages qui seraient pénibles à observer dans d’autres films, et ce sans rien sacrifier du caractère poignant de cette situation.» C’est d’ailleurs ce script qui décida l’acteur à s’essayer pour la première fois à la comédie : «Le genre ne m’attire pas particulièrement, mais j’ai toujours admiré le travail d’actrice et de réalisatrice d’Adrienne et j’ai trouvé beaucoup de tendresse et d’humour dans ce scénario si différent de mes films précédents. La comédie s’ancre ici dans la vraie vie, elle ne se contente pas d’enchaîner pas les bons mots et les répliques qui font mouche, elle scrute des personnalités vivantes, avec leurs failles et leurs excès. Earl, par exemple, m’est apparu comme un type bourré de contradictions, profondément insécurisé, qui ne peut se passer de la présence de Jenna. Toutes ces facettes le rendaient particulièrement intéressant à jouer.»
«La participation d’ Andy Griffith tenait du rêve», déclarait Shelly. Nous osions à peine l’espérer. Il a fait un travail superbe dans ce film où il est réellement bouleversant.»
La présence du vétéran eut un effet immédiat sur ses partenaires. «Sa voix est étrangement apaisante», explique Fillion. «On croit entendre son vieil oncle ou son grand-père, on a l’impression de le connaître depuis toujours.» À l’instar des autres comédiens, Griffith fut séduit par l’écriture des personnages et l’assurance de Shelly : «Adrienne n’est pas seulement une excellente scénariste, mais une réalisatrice attentive et inventive, qui a beaucoup insisté pour que je joue ce personnage tel qu’elle l’avait vu et entendu dans sa tête.»
Élevée à la dignité d’un art, la pâtisserie joue dans WAITRESS un rôle central, au point qu’on pourrait considérer comme des personnages à part entière les dizaines de succulentes tartes qu’ Adrienne Shelly fait défiler sous nos yeux. «Ayant toujours adoré confectionner des tartes, j’ai voulu que ce film baigne dans une atmosphère de sensualité gourmande», expliquait-elle. «J’aime la tarte aux pommes, la tarte au citron meringuée, la tarte aux noix de pécan, la tarte caramélisée aux noix et au chocolat... Bref, j’ai la folie des tartes.» Adrienne Shelly prêta à Jenna sa propre passion et lui concocta quelques recettes inventives de son cru. Sont ainsi nées :
WAITRESS a été réalisé en seulement 20 jours, dans la région de Canyon Country (Californie). Le chef opérateur, Matthew Irving, tourna l’intégralité du film en 35 mm et supervisa avec Shelly la postproduction photochimique qui donne à l’image une élégance chatoyante. L’ensemble du processus fut achevé avant la tragique disparition de la réalisatrice.
Le rythme de travail intensif et les pressions résultant d’un budget serré n’avaient rien d’inédit pour Adrienne Shelly : «J’ai toujours fonctionné comme cela. J’avais 21 ans à l’époque de mon premier film, que nous avons tourné en 10 jours pour 75 000 dollars. J’étais la «vedette», mais je n’avais pas droit à plus d’une prise par plan.
La maquilleuse, la scripte et moi dormions ensemble, à même le sol, emmitouflées dans un simple sac de couchage. Les films fauchés que j’ai faits par la suite nous obligèrent tous à faire preuve d’imagination et à inventer à la hâte des solutions de fortune qui tiennent la route. Mais cette fois, j’ai eu l’impression d’être protégée par des dizaines de gens qui voulaient tous que ce film soit un succès.
C’est un sentiment merveilleux, et je serai sans doute très triste le jour où je ne serai plus entourée de leur amour...»
Le site officiel : www.waitress-lefilm.com